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Consultation publique de psychanalyse Paris : Le risque du fantasme de toute-puissance en médecine dans l'euthanasie

Le risque du fantasme de toute-puissance en médecine dans l'euthanasie

 

La psychanalyse : vite dans les rangs de la médecine

Fernando de Amorim
Paris, le 13. IX. 2011

 

 

A Biarritz cet été, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec un médecin proche de Nicolas Bonnemaison, le médecin urgentiste accusé d’avoir euthanasié quelques-uns de ses patients.

 

Loin de moi l’idée d’être pour ou contre l’euthanasie. Une loi existe qui régit les critères d’un tel acte, la loi Leonetti.

 

Ce qui m’intéresse à travers ce fait divers c'est d’attirer l’attention sur la solitude du corps soignant, puisque c’est cette solitude qui nourrit la toute-puissance de décider de tuer quelqu’un ou de répondre à sa demande de lui ôter la vie.

 

Il est vrai que, selon « Le Quotidien du médecin » du 5 septembre 2011, la fin de vie est en manque de débat, comme il est écrit en page 10.

 

Mais qui est capable de mener un tel débat ? Le corps soignant bien entendu. Toutefois, instaurer ce débat en dehors de la présence des psychanalystes n’est-ce pas là se priver de l’apport essentiel de la psychanalyse, science de l’inconscient dont l’objet est la découverte du désir ?

 

Ces comités d’éthique qui poussent comme des champignons dans les hôpitaux ne peuvent rien si l’ego du médecin n’abandonne pas sa furor curandi.

 

Et ce n’est pas en appelant des psychanalystes pour cautionner ou donner des couleurs acceptables à leur décision que l’affaire prendra une consistance clinique.

 

Elle deviendra clinique et donc éthiquement acceptable si nous introduisons le désir du malade dans l’affaire, désir écouté et examiné par des personnes formées pour cela. Que je sache, un médecin est compétent en anatomophysiologie. En revanche, quand la loi Leonetti renforce le médecin dans une position de celui qui « prend la décision » en s’appuyant sur « la recherche de la volonté du patient », même en respectant une « procédure collégiale », nous avons ici le piège que renferme l’imaginaire du médecin, activant son fantasme de toute-puissance et le pousse à l’acte. En fuyant du côté de la « volonté » on va trouver tout et n’importe quoi, excepté l’essentiel. Et l’essentiel est du côté du désir.

 

Pour ce qui est du désir, il me semble que les psychanalystes de par leur formation et surtout par leur psychanalyse personnelle, sont incontestablement aptes à faire partie d’une quelconque discussion sur le désir d’un être de mettre fin à ses jours.

 

Laisser le médecin seul avec lui-même ou seul en groupe, n’apportera pas de réponses au détachement de l’être à sa vie.