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Consultation publique de psychanalyse Paris : Complexe d'Oedipe : faire le distinguo entre fantasme et réalité

Complexe d'Oedipe : faire le distinguo entre fantasme et réalité

Complexe d’Œdipe ?

Edith de Amorim
Paris, le 25 février 2017

 


Ca fait longtemps qu’on nous dit que Freud, la psychanalyse et le complexe d’Œdipe ne sont que foutaises ! Beaucoup se gaussent de ces « fariboles » et autres « contes à dormir debout » que serait ce désir du petit et de la petite d’Homme de coucher avec papa ou maman et de tuer l’autre. Plus nombreux encore sont ceux pour asséner et assurer – en un mot pour croire – qu’il n’y a que du génétique, du bon génie génétique ; que du génial et rien, mais rien de rien, de génital !

 

Ne sont-ils pas mignons à croire à de telles fadaises d’une humanité comme une belle mécanique bien huilée ?

 

Or, voilà que depuis le 20 février 2017, devant le tribunal correctionnel de Paris, se tient le procès d’une faiseuse de faux souvenirs induits auprès d’une clientèle triée sur un volet (lequel ? on suppose financier).

 

Je vous le donne en mille : la nature des faux souvenirs que la dame indélicate est parvenue à susciter chez ces patientes ? La devinez-vous ? Non ? Vous me surprenez, mais bonne princesse je vous la livre : le père a abusé de la fille, la mère n’a pas désirée la fille. Je note, comme vous, qu’il n’y en a que pour les femmes, mais c’est avec elles que Marie-Catherine Phanekham, l’accusée, avait ses entrées suggestives.

 

Le problème est que ces suggestions ont eu des effets dans la vie de ces femmes et de leurs parents puisqu’elles sont allées les trouver armées de tous ces faux souvenirs induits par leur révélatrice.

 

Comment ces femmes ont-elles pu donner dans ce panneau ? La question n’arrête pas de se poser depuis le mi-temps des années quatre-vingts aux Etats-Unis et la seule réponse apportée pour l’heure c’est que c’est la faute aux thérapeutes.

 

Leur faute semble consister en ce qu’ils aient eu du mal à faire le distinguo entre fantasme et réalité ; or, cela, Freud dans une lettre à son ami Fliess en date du 21 septembre 1897 l’expose en ces termes : « (…) Ensuite, la surprise de voir que dans l’ensemble des cas il fallait incriminer le père comme pervers, (…) alors qu’une telle extension de la perversion vis-à-vis des enfants est quand même peu vraisemblable. (…) Puis, troisièmement, le constat certain qu’il n’y a pas de signe de réalité dans l’inconscient, de sorte que l’on ne peut pas différencier la vérité et la fiction investie d’affect. » [1]

 

C’est de ce moment-là qu’on ne peut plus méconnaître que nos pensées, en ces temps précoces, sont perçues comme des actes et la culpabilité règne en maître féroce.

 

Cette femme, kinésithérapeute de son état, a levé des refoulements chez ses patientes qui ont pris ces dires pour vérités vraies car personne n’est prêt à reconnaître d’emblée sa responsabilité dans un tel désir aussi effrayant, aussi tabou. « Au fond elle me disait ce que j’avais envie d’entendre. » confie à Pascale Robert-Diard, la journaliste du Monde, une des plaignantes. Que pouvait-elle avoir tant envie d’entendre ? Que son père était un pédophile ? Sa mère une complice misérable ? Ou bien plutôt qu’elle n’était plus coupable mais bien victime ?

 

Le divan du psychanalyste n’est pas cette usine à gaz nauséabonds que d’aucuns se complaisent à dépeindre mais c’est un lieu d’assainissement du désir.

 

 

[1] Freud, S. (1897) Lettre n° 139 (69) – 21 septembre 1897 in Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, PUF, Paris, 2006, pp. 334-35.