Liu He
Montmorency, le 25 juin 2026
À travers le prisme de la cure psychanalytique, la dernière publication collective du RPH1 met en évidence les transformations psychiques qui s’opèrent chez une femme tout au long de sa construction subjective. Cet ouvrage montre également que cette construction subjective vers le féminin – un chemin porteur d’émancipation – peut se heurter à de nombreuses souffrances psychiques, corporelles et organiques tout au long de la route. Ces dernières années, notre société moderne voit émerger de plus en plus d’innovations technologiques qui contribuent à soulager les femmes de leurs souffrances gynécologiques.
Parmi ces innovations, j’en ai découvert une récemment qui utilise l’électrostimulation pour bloquer ou atténuer la transmission du signal douloureux vers le cerveau, afin de soulager la douleur menstruelle. En effet, ces douleurs organiques, si diffuses et insupportables, conduisent souvent la patiente à mobiliser toutes ses ressources pour y échapper. Et pourquoi pas à l’aide d’un appareil disposant d’un bouton stop pour la douleur ? Comme si, à chacun de ses pas, une onde électrique était envoyée pour porter un message à son cerveau : ma douleur n’existe pas.
Or, pour la clinique psychanalytique qui travaille main dans la main avec le corps médical, l’idée est de ne pas rendre les sujets sourds à leur propre douleur. Autrement dit, la douleur n’apparaît pas comme un simple symptôme à éradiquer, mais comme un signal invitant la malade, la patiente ou la psychanalysante à s’éveiller à ce qui était jusqu’alors inaudible pour elle-même.
Pour Marina Papageorgiou, citant Jean‑Claude Rolland, la douleur est l’affect primordial, intimement lié à la perte ou à l’inaccessibilité de l’objet de désir. Selon lui, cette épreuve est universelle : elle constitue le fondement même de notre expérience en tant que sujet2. C’est précisément elle qui participe à la reconnaissance de soi comme sujet singulier, dans la mesure où chacun construira une réponse unique face à elle.
La diminution de la douleur physique équivaut-elle pour autant à la disparition de la souffrance de l’être féminin ? En apportant un secours à une femme en détresse, ces innovations technologiques ne l’aident-elles pas aussi à s’esquiver ? Ne lui permettent-elles pas d’éviter la confrontation au déplaisir ou au manque, lui apprenant ainsi à rester sourde au désir qui se dissimule derrière ce cri ?
Ainsi, les cliniciens suivant les enseignements de Sigmund Freud, Jacques Lacan et Fernando de Amorim au RPH peuvent témoigner avec leurs expériences cliniques que, pour apaiser durablement les symptômes gynécologiques qui sont en lien avec des souffrances psychiques, c’est la parole traitée avec la méthode de l’association libre dans la psychothérapie ou la psychanalyse qui dénoue les blocages psychiques3. À partir de son travail clinique, Sabrina Berdedouch avance que l’endométriose, bien qu’étant une maladie organique, traduit une résistance de l’être au féminin et, ainsi, au Réel de la différence des sexes. La psychanalyse offre une voie à l’être pour renouer avec son rapport au féminin, si le signifiant endométriose est destitué comme signifiant maître4.
Découvrons et discutons ensemble de ces réflexions cliniques lors de la prochaine journée d’étude du RPH, le 12 septembre 2026, intitulée : « Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse ».
- Blachère, C., Dangréaux, S., Ferlicot, O., Mihoubi, L., Rakotoasitera, L.-L., Simmou J. & Vitteaut, S. Du féminin à l’ouvrage, Paris, RPH Éditions, 2025. ↩︎
- Papageorgiou, M. « Penser l’affect. L’affect a-t‑il toujours raison ? ». Revue française de psychanalyse, 2023, n° 87(5), pp. 1137‑1192. ↩︎
- Faugeras, N. « Traitement psychique en cas de souffrances gynécologiques à Paris », 2026, consulté le 25 juin 2026. ↩︎
- Berdedouch, S. « Endométriose et souffrance psychique – 1. La maladie des femmes ? », 2026, extrait de l’intervention « Endomaîtriose », prononcée le 22 novembre 2025 lors du colloque « La question du féminin aujourd’hui », actes à paraître dans la Revue de Psychanalyse et Clinique Médicale, n° 57, consulté le 1er juillet 2026. ↩︎
Vᵉ journée d’étude du RPH
Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse
Samedi 12 septembre 2026
de 9h00 à 16h30, à Paris IIᵉ et en visioconférence
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