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Cancers et souffrances gynécologiques

Nouha Babay
Courbevoie, le 30 juin 2026

C’est en consultation de psycho-oncologie que je rencontre madame B. pour la première fois. Elle vient pour son suivi psychothérapeutique quelques mois après sa mastectomie. En sanglots, elle relate sa souffrance face aux changements qu’elle a connus dans son corps : « Je suis épuisée, je ne peux plus me supporter. Je mets une perruque et puis une prothèse mammaire. Le cancer m’a bouffée. Je ne me sens plus femme ! Je souffre en silence… » Une autre patiente, madame R., traitée pour un cancer gynécologique, confie : « Je ne suis plus la même. J’ai des douleurs pelviennes, des œdèmes, je ne dors plus ! C’est fatiguant tout ça ! Ma gynécologue dit que c’est l’effet du traitement ! »

Les paroles, rapportées quotidiennement par des patientes en oncologie, mettent en lumière les souffrances gynécologiques et sexuelles induites par les traitements contre le cancer. En effet, en dépit des progrès considérables enregistrés, ces traitements entraînent souvent des séquelles lourdes et parfois durables qui impactent la qualité de vie des patientes. Environ 54 % des femmes connaissent des dysfonctionnements sexuels (diminution de la libido, absence d’orgasme et dyspareunie)1 provoquant une baisse de leur désir, des problèmes avec leurs partenaires et une perte d’estime de soi. À cela s’ajoutent des soucis gynécologiques fréquents : une ménopause induite, une sécheresse vaginale, une atrophie, des douleurs pelviennes (80 %)2 ou encore des lymphœdèmes.3 Certains de ces aspects persistent même après une rémission et restent encore peu accompagnés4, alors même qu’ils affectent profondément le quotidien de milliers de femmes chaque année en France et dans le monde.

Les solutions et les propositions de soin se multiplient sans pour autant répondre à leur besoin d’être entendues. Confrontées à plusieurs deuils et pertes – ceux d’un corps, d’une certaine image de la féminité, et parfois d’une sexualité ou d’une fertilité antérieures – ces femmes sont dans une détresse psychique qui nécessite une collaboration ciblée et une meilleure coordination. Le corps médical, même s’il excelle dans la prise en charge de l’organisme, n’est pas formé au traitement de la souffrance psychique comme l’est le psychanalyste. C’est précisément dans cet espace de non-dit que la clinique du partenariat, élaborée depuis 1991 par le docteur Fernando de Amorim à partir de son expérience dans l’accompagnement de patients atteints de maladies cancéreuses au sein de l’hôpital Avicenne à Bobigny, prend tout son sens.

Cette clinique vise la collaboration entre médecins et psychistes afin d’accompagner au mieux les patients dans cette rude épreuve5. Dans ce cadre, le médecin traite l’organisme, le corps médical gère les séquelles fonctionnelles et le psychanalyste, par son désir, accueille la parole du malade qui associe librement son vécu organique, corporel et psychique. Amorim nomme « cônification du transfert »6 le moment où le patient est adressé par le médecin au psychanalyste, au nom de l’autorité du transfert. Ainsi, grâce à ce partenariat, une porte commune de travail clinique différencié s’ouvre sur une thérapeutique vivante où chaque partenaire a un rôle spécifique à jouer.

C’est dans cette perspective de collaboration que la Ve journée d’étude du Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital « Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse »se tiendra le samedi 12 septembre 2026, à Paris (et en visioconférence). Cette rencontre entre médecins, ostéopathes et psychanalystes sera l’occasion d’échanger, autour de situations cliniques, de réflexions théoriques et d’expériences concrètes, sur cette clinique du partenariat. Elle incarne la ligne directrice du RPH depuis sa fondation : la psychanalyse est amie et alliée de la médecine. Comme l’a toujours défendu Fernando de Amorim, c’est en travaillant main dans la main avec le corps médical et les médecins qu’un accompagnement plus humain et plus efficace peut être proposé aux patients. Depuis des décennies, les cliniciens du RPH mettent au cœur de leur pratique la clinique du partenariat comme porteuse de changements et d’espoir pour le malade et ses proches.

Non, il n’est pas obligé de subir et de souffrir en silence ! Nous vous attendons nombreux et nombreuses pour cette journée de travail qui s’annonce fructueuse !


  1. Dahouri, A., Hosseinzadeh, M. & Sahebihagh, M. H. (2026). « Prevalence of sexual dysfunction and narrative synthesis of associated factors in patients with different type of cancer: a systematic review and meta-analysis ». BMC Cancer, 2026, vol. 26. ↩︎
  2. Carter, J., Stabile, C., Seidel, B., Baser, R. E., Goldfarb, S. & Goldfrank, D. J. (2017). « Vaginal and sexual health treatment strategies within a female sexual medicine program for cancer patients and survivors ». Journal of Cancer Survivorship, 2017, vol. 11, n° 3, pp. 274‑283. ↩︎
  3. Chang C.‑P., Wilson C. M., Rowe K., Snyder J., Dodson M., Deshmukh V., Newman M., Fraser A., Smith K., Date A., Stanford J. B., Gaffney D., Mooney K., Hashibe M. (2022). « Sexual dysfunction among gynecologic cancer survivors in a population-based cohort study ». Supportive Care in Cancer, 2023, vol. 31, n° 1. ↩︎
  4. Ram-Weiner M., Paluch-Shimon S., Allweis T. M. & Lev-Sagie A. (2025). « Vaginal health in breast cancer survivors: a practical clinical approach ». Therapeutic Advances in Medical Oncology, 2025, vol. 17. ↩︎
  5. Amorim (de), F. (Dir). Manuel clinique de psychanalyse, Paris, RPH Éditions, 2023, p. 37. ↩︎
  6. Amorim (de), F. Tentative d’une clinique psychanalytique avec les malades et les patients de médecine, Paris, RPH Éditions, 2024, p. 228. ↩︎

Vᵉ journée d’étude du RPH
Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse

Samedi 12 septembre 2026
de 9h00 à 16h30, à Paris IIᵉ et en visioconférence

Affiche Souffrances gynécologiques