You are currently viewing Avoir un lieu pour la parole

Avoir un lieu pour la parole

Dr Ouarda Ferlicot
Courbevoie, le 27 juillet 2026

J’ai été agréablement saisie par la lecture du livre MLF – Psychanalyse et politique, 1968‑2018 : 50 ans de libération des femmes. Volume I : Les premières années1, qui relate la naissance du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), créé par Antoinette Fouque (1936‑2014), Monique Wittig (1935‑2003) et Josiane Chanel (?‑2017).

Il s’agit d’un écrit formidable, vivant, précieux, qui met en avant comment des femmes peuvent faire groupe, s’organiser pour créer, construire et inventer une façon d’être et d’exister dans le social. Pour cela, il faut en passer par l’accueil du une par une, dans la plus grande singularité de chacune, et écouter ce qu’elle rencontre dans son corps, dans sa vie, mais aussi ce qu’elle dit de ses désirs et des difficultés auxquelles elle se heurte dans les sphères familiale, sociale, professionnelle et politique.

Ce qui m’a tout de suite accrochée dans ce livre, c’est la grande liberté de ton et de parole, qui malheureusement n’existe plus vraiment aujourd’hui en dehors du divan ou du une par une, prise isolément.

Cela m’a alors amenée à me demander ce qui a permis cette parole libre des femmes. Eh bien, c’est tout d’abord la recherche d’un lieu. Cette recherche d’un lieu m’a fait penser qu’il n’est pas possible de parler sans lieu. Il faut un lieu pour la parole, il faut un lieu pour créer sa liberté, il faut un lieu pour exister.

Lorsque l’on n’a pas de lieu, que l’on se sent en cage, que l’on se sent prisonnier, il n’est pas possible de parler, parce que la parole se soutient d’un espace vide, d’un lieu qui la rend possible, d’un lieu qui la crée.

Pour nous, il y a le divan. Mais cette affaire de lieu me fait penser à tous ceux qui, dans l’actualité, n’ont plus de lieu parce que la terre brûle, parce que la nature, aidée de la main de l’homme, rappelle que le Réel est. Pour ces réfugiés climatiques, il n’y a plus de lieu mais une transition d’un espace à un autre, d’un lieu vers un autre, et pour certains d’un lieu perdu pour un autre potentiel.

La difficulté et la perte peuvent sembler insurmontables, certains êtres peuvent être pris d’un besoin de parler à quelqu’un qui écoute, cela pour rendre possible la création d’un nouveau lieu quand on n’en a plus.

Créer un lieu peut être rendu possible via le lien téléphonique, via la voix, via le SÉTU ?2 dirigé par Fernando de Amorim, via l’équipe des cliniciens du RPH qui assurent une clinique du téléphone, pour les expatriés, les distants, ceux qui ne peuvent se déplacer, et maintenant pour les réfugiés climatiques.

Le lien téléphonique créateur d’un lieu possible pour qu’une parole puisse émerger en ces temps de terre brûlée.


  1. Collectif. MLF – Psychanalyse et politique, 1968‑2018 : 50 ans de libération des femmes, vol. I, Les premières années, Paris, Éditions des femmes, 2018. ↩︎
  2. Service d’Écoute Téléphonique d’Urgence, ouvert 24h/24 et 7j/7. ↩︎

Vᵉ journée d’étude du RPH
Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse

Samedi 12 septembre 2026
de 9h00 à 16h30, à Paris IIᵉ et en visioconférence

Affiche Souffrances gynécologiques