Carmen Blanc
À Hennebont, le 17 septembre 2026
Depuis la création de la psychanalyse par Sigmund Freud (1856‑1939), cette dernière continue d’être remaniée, bousculée et affinée par des psychanalystes tels que Melanie Klein (1882‑1960), Jacques Lacan (1901‑1981), Françoise Dolto (1908‑1988), Fernando de Amorim et bien d’autres. Ainsi, en partant du postulat de l’importance d’un travail et d’une réflexion collectifs, est-il possible de maintenir une dynamique de groupe malgré une distance géographique importante entre les cliniciens ? L’utilisation du téléphone dans le cadre de la formation à distance fait-elle effet ? Plus précisément, comment utiliser le téléphone dans le cadre de la transmission et de l’enseignement du clinicien ?
Je vous propose de nous appuyer, le temps de cette réflexion, sur un témoignage personnel.
En 2024, soutenue par ma psychothérapie puis ma psychanalyse, j’assume mon désir d’amarrer dans la région bretonne et d’y commencer une activité clinique en libéral. Malgré mon installation dans une nouvelle région, je m’inscris au sein du RPH – École de psychanalyse à Paris. Il est alors convenu avec le président de l’École, monsieur de Amorim, que ma participation à l’enseignement à travers les groupes de lecture, les supervisions, puis les réunions cliniques s’effectuera par téléphone, en appelant mes camarades.
L’utilisation de la voie téléphonique, bien qu’efficiente, puisqu’elle ouvre la possibilité d’une formation à distance, ne peut remplacer la présence réelle et corporelle. Si la communication par téléphone évoque une présence par la voix, elle passe à côté de la communication non verbale : les gestes, les regards, les postures. Dans le livre Le téléphone. Quelle clinique ? Quelle technique ? les auteures parlent de l’ouïe qui se fait plus fine au téléphone, en lien avec les regards qui ne se croisent pas1. En effet, lors des réunions cliniques, je suis très attentive à chaque son pour mieux comprendre la dynamique groupale, afin de me construire une représentation visuelle de la scène. Il y a là, de ma part, une tentative de pallier l’absence du langage corporel, auquel je n’ai pas accès, ce qui impacte une partie de ma compréhension. Cependant, pallier l’absence corporelle n’est pas possible. Je peux faire en sorte que la distance soit la moins contraignante possible, mais je ne peux prétendre qu’elle n’existe pas. Assumer ce manque, construire avec le rien, est nécessaire à la construction de l’être2 mais également à la formation du clinicien.
Finalement, au fil du temps, j’apprends à faire avec cette limite ; je m’accroche à mon désir et assume cette distance géographique qui n’empêche aucunement l’enseignement de l’École du RPH. Je trouve un équilibre en participant majoritairement à distance, mais en effectuant régulièrement des déplacements lors d’évènements réunissant les membres de l’École. Ceci afin de pouvoir nouer des liens avec mes camarades, car c’est aussi de liens sociaux que sont composés la formation psychanalytique et le travail collectif.
- Amorim (de), E. Meslem, M. & Vitteaut, S. Le téléphone. Quelle clinique ? Quelle technique ?, Paris, RPH Éditions, 2024, p. 57. ↩︎
- Amorim (de), F. (2023). « Rien », in Brèves 2023, Paris, RPH Éditions, à paraître. ↩︎
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