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La pulsion est une konstante Kraft

Dr Ouarda Ferlicot
À Courbevoie, le 1er septembre 2026

Pour Freud, « la pulsion, au contraire, n’agit jamais comme une force d’impact momentanée mais toujours comme une force constante »1. En allemand, force constante se traduit par konstante Kraft. Cela signifie qu’une pulsion ne s’arrête jamais : elle est là et poursuit son but.

Cela pose la question de celui qui commet un acte criminel, qui passe à l’acte.

Dans son traité Psychopathia sexualis2, Richard von Krafft‑Ebing (1840‑1902) nous apporte un éclairage sur la vie sexuelle devant les tribunaux. D’emblée, il pose le constat que la lutte de l’État pour le maintien de la morale s’effectue à armes inégales car « seuls un certain nombre d’excès sexuels peuvent être poursuivis par la loi »3. Il poursuit : « la menace du châtiment n’a pas grande action sur les exubérances d’un instinct naturel si puissant ; enfin il est certain qu’une partie seulement des délits sexuels parvient à la connaissance des autorités »4.

Ce constat aurait-il changé en 2026 ? Vous le vérifierez comme moi : la réponse est non. Pourtant, dans un article du quotidien Le Monde, il est question du rejet, lors de l’examen du texte du 15 au 17 juillet 2026, de la peine de réclusion criminelle à perpétuité pour les viols en série sur les mineurs de moins de 15 ans, au motif qu’il s’agirait d’« une disposition répressive destinée à masquer l’insuffisance des moyens consacrés aux enquêtes mais aussi à la prévention des violences sexuelles »5. Le texte a finalement été adopté en première lecture le 21 juillet 2026.

Revenons à Krafft-Ebing : « les délits sexuels ont un accroissement progressif, et particulièrement les actes de débauche avec des individus âgés de moins de quatorze ans »6. Il écrit que « [le moraliste] arrive à la conclusion que la trop grande douceur du législateur dans le châtiment des délits sexuels, comparée avec la rigueur des siècles passés, est en partie la cause de l’augmentation de ce genre de délits »7.

Lorsque l’on voit les peines infligées pour des viols sur enfant, ou des agressions sexuelles sur enfant, souvent du sursis, nous pouvons effectivement nous demander dans quelle mesure ces peines sont dissuasives. D’autres diront que la peine de mort n’a pas fait baisser le taux de criminalité dans les pays où elle est effective. Probablement, mais doit-on alors y répondre par une justice de l’impunité où les victimes auraient plus à craindre en dénonçant leurs agresseurs que les agresseurs eux-mêmes ?

Dans un texte de 1916 intitulé « Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique », Freud évoque les criminels par conscience de culpabilité qui souffrent d’une oppressante culpabilité, laquelle, une fois le délit commis, est alors soulagée. À partir du travail psychanalytique, Freud dégage que cette culpabilité provient du complexe d’Œdipe consistant à « mettre à mort le père et avoir un commerce sexuel avec la mère »8. Plus loin, Freud distingue les criminels qui agissent pour rechercher la loi, et par conséquent la punition, et ceux qui restent dénués de culpabilité soit parce qu’ils n’ont pas développé d’inhibition morale, soit parce qu’ils restent dans une toute-puissance à agir contre la société. Pour ceux-là, si l’on suit Freud, la punition n’a aucun effet, et j’irai plus loin : la perpétuité serait le seul remède pour protéger la société. Pour les autres criminels, la punition prend une autre valeur, celle d’apaiser la culpabilité inconsciente.

Pour en revenir à Krafft-Ebing, il écrit :« il arrive facilement que la loi condamne, à une peine déterminée, un criminel de beaucoup plus dangereux pour le public qu’un assassin ou une bête sauvage et le rende à la société après qu’il a purgé sa condamnation, tandis que l’examen scientifique démontre que l’auteur était un individu originairement dégénéré psychiquement et sexuellement, individu qui ne doit pas être puni, mais mis hors d’état de nuire pendant toute sa vie »9.

En France, être mis hors d’état de nuire signifierait la perpétuité pour le crime commis.

En matière de délits sexuels, Krafft-Ebing indique : « Les délits sexuels qui ne se commettent pas dans un état de défectuosité, de dégénérescence ou de maladie psychiques, ne doivent jamais bénéficier de l’excuse de l’irresponsabilité. »10

La prévention n’a aucun effet sur une pulsion une fois le crime commis, car nous ne sommes plus dans ce champ-là, mais dans le champ de la justice. En revanche, la prévention peut avoir un effet de protection sur l’enfant si, dès les premiers temps du langage, on lui apprend à nommer ses parties intimes, si on lui apprend qu’aucun adulte ne doit toucher son sexe, qu’il ne doit pas aller aux toilettes avec quelqu’un d’autre et qu’il ne doit pas non plus accepter de toucher les parties intimes d’un adulte ou de se déshabiller devant lui. Lui apprendre très tôt, dès la maternelle, que si l’une de ces situations devait arriver, elle ne serait pas normale et qu’il devrait tout de suite prévenir un adulte.

Pour les majeurs avec un désir pédophile, le traitement de psychothérapie avec psychanalyste ne va pas modifier la pulsion, mais il peut agir comme contention psychique au même titre que le ferait le traitement neuroleptique pour le psychotique. Pour ces raisons, je me réjouis de cette perpétuité pour ceux qui exercent leur pulsion d’emprise, de domination, sur des êtres qui n’ont pas la capacité de se défendre.


  1. Freud, S. (1915). « Pulsion et destins des pulsions », in Œuvres complètes, Vol. XIII, Paris, PUF, p. 165. ↩︎
  2. Krafft-Ebing, von R. (1886). Psychopathia sexualis, Rozières-en-Haye, Le Camion Noir. ↩︎
  3. Ibid., p. 637. ↩︎
  4. Ibid. ↩︎
  5. Le Monde, « L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi “de protection des enfants”, validant la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans », le 21 juillet 2026, consulté le 24 juillet 2026. ↩︎
  6. Krafft-Ebing, von R. (1886). Op. cit., p. 637. ↩︎
  7. Ibid. ↩︎
  8. Freud, S. (1916). « Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique », in Œuvres complètes, Vol. XV, Paris, PUF, 2002, p. 39. ↩︎
  9. Krafft-Ebing, von R. (1886). Op. cit., p. 238. ↩︎
  10. Ibid., p. 641. ↩︎

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