Fernando de Amorim
Paris, le 6 septembre 2026
Une missive malveillante a circulé à propos du Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital – École de psychanalyse. Peu importe qui en est l’auteur : une réponse s’impose. Il fallait réfléchir un peu avant d’essayer de salir le RPH. Puisque vous l’avez diffamé, voici cette réponse, en ma qualité de président :
La compétence clinique n’est pas associée au diplôme de psychiatre ou de psychologue, bien que je ne néglige pas l’acquisition d’un diplôme comme forme de sélection des candidats appelés à occuper la position de clinicien.
Un psychologue de Marseille vient de m’informer d’un fait qui remonte à quelques années et dont je n’avais pas connaissance : la Fédération des collèges de psychologues de l’AP-HP aurait saisi leur hiérarchie en insinuant que je détournais des « patients fragiles » vers la Consultation Publique de Psychanalyse (CPP).
Voici les faits : il y a quelques années, une de mes étudiantes avait proposé à un chef de service d’un hôpital parisien de mettre en place la clinique du partenariat et la cônification du transfert, deux concepts que j’ai mis sur pied d’après mon expérience à l’hôpital Avicenne (AP-HP). L’expérience a été un succès et le patron du service l’a validée. Cela a déplu aux psychologues de l’hôpital, qui se sont plaints à la direction de l’AP-HP. Le chef de service s’est rendu au siège de l’AP-HP pour plaider la cause clinique. De toute évidence, sa démarche a échoué et, avec elle, la clinique du partenariat. La place du médecin est devenue celle d’un fonctionnaire. Le psychologue occupe la place du Moi qui défend le Moi fort du malade, l’autre nom de la relation imaginaire évoquée par Jacques Lacan. Je ne vois pas comment ils vont se dépatouiller de cette situation.
Pour information, quelqu’un qui est à l’hôpital est d’emblée fragile, et je ne pense pas avoir besoin de ces malades et de leur argent pour constituer ma patientèle.
La cônification du transfert n’est pas un détournement de malades mais suit une logique issue de mon exercice clinique. Malheureusement, si les psychologues mobilisaient leurs moyens intellectuels pour penser autrement, je suis certain qu’ils seraient d’accord avec mes propositions cliniques pour sortir de la mélasse dans laquelle ils se trouvent cliniquement.
Le psychologue n’a aucune fonction thérapeutique en institution : il a une fonction imaginaire qu’il remplit à merveille. Mais ce n’est pas de la clinique. Si un seul d’entre eux n’est pas d’accord avec mon affirmation, qu’il m’appelle pour une joute théorique qui prenne appui sur la clinique et se déroule en public.
Je ne suis pas insensible au fait que la majorité des psychanalystes viennent des facultés de psychologie. Mais, au sein du RPH, le seul diplôme de psychologue ne suffit pas pour assurer des psychanalyses. C’est pourquoi, dans notre école de psychanalyse, la psychanalyse personnelle, les groupes d’études, les supervisions individuelles et collectives, ainsi qu’une formation doctorale sont exigés de chaque candidat qui souhaite en devenir membre.
Je ne m’introduis pas dans les services de l’AP-HP ; je suis né dans un service de l’hôpital public. Je suis un enfant clinique de l’hôpital Avicenne, où j’ai exercé en tant que psychanalyste et d’où je suis sorti décoré de la médaille des 150 ans de l’AP-HP. J’ai appris avec les malades de l’AP-HP et je leur suis redevable. Je suis disposé à servir n’importe quel praticien de l’AP-HP, qu’il soit médecin, psychologue, psychiatre ou chirurgien : telle est la logique de la clinique du partenariat et de la cônification du transfert. Au-delà, il n’y a que le Moi méchant qui distille son venin dans des allégations nocives. Ce discours de vipère, Wilhelm Reich le qualifiait, en 1933, de « peste émotionnelle ». C’est manifestement toujours d’actualité.
Au lieu d’étudier, histoire de mériter leur pitance mensuelle, les psys m’accablent et accablent mon école, celle que j’ai mise sur pied avec Jean‑Baptiste Legouis et Laure Baudiment, sans oublier Édith de Amorim, qui me soutenait quand mes jambes flanchaient sous le poids de la haine du Moi envieux, du Moi jaloux, du Moi pauvre en créativité et riche en aversion. Sans oublier le Moi incompétent. Pas un pour avoir le courage de venir me demander des comptes en face.
La Miviludes et l’ARS sont invitées à prendre contact avec l’auteur de ces lignes. Je suis disposé à répondre de mes actes devant les autorités compétentes, comme devant les autorités incompétentes ; je ne suis pas extrémiste, je ne fais pas dans la discrimination. Tous mes dires sont enregistrés par mes élèves. La peur est passée loin de mon désir et ni la Miviludes ni l’ARS n’ont frappé à la porte du RPH – École de psychanalyse.
Certains malintentionnés parlent de dérive sectaire. Pourtant, je le répète, ni la Miviludes ni l’ARS ne sont venues me tirer les oreilles, me jeter en prison ou m’interdire d’exercer.
Dérive sectaire ? Alors que ma clinique est d’une finesse toute psychanalytique. Si quelqu’un me montre, preuve à l’appui et dans une logique scientifique, que je fais fausse route dans mon exercice quotidien, je changerai ma manière de conduire les cures sur-le-champ. Je ne suis pas pressé, mais je n’ai pas de temps à perdre.
Dans l’intervalle, alors que le RPH avance, construit, publie, invite, accueille les jeunes étudiants et travaille, les couards, incapables de faire un pas sans citer un auteur, un livre ou une théorie, esprits dépourvus de capacité de raisonnement, font des gorges chaudes de propos mensongers. Le seul effet de leur incompétence est de renforcer ma capacité à ne pas suivre un chemin si funeste. Il n’y a pas l’animosité d’Atrée pour Thyeste dans cette missive, qui ne vise pas le psychologue mais son Moi.
Il se fait nécessaire d’appuyer la déontologie de la psychologie sur l’éthique de la psychanalyse.
Je suis né inter faeces et urinam dans le service hospitalier. Dès le lundi matin, c’était l’odeur de merde, de pisse, de vomi et de javel qui me disait bonjour à l’entrée du service hospitalier où j’officiais.
Les professeurs de psychologie peuvent mieux faire. Pour l’instant, ce qu’ils font, c’est déverser dans la société des sous-professionnels, des cerbères sans aucune, absolument aucune, assise leur permettant de se dire cliniciens.
Les stagiaires se plaignent d’expériences difficiles au sein du RPH parce qu’ils sont complètement incompétents pour accueillir la détresse humaine. La faculté a formé des incapables d’écouter, de poser un diagnostic, de conduire une cure. André Green disait qu’il n’y a pas de formation plus abrutissante que celle des psychiatres. J’ai eu l’occasion de lui demander d’étendre sa remarque aux psychologues, ce qui n’a pas manqué de le faire sourire.
Cependant – et je suis maintenant sérieux – se borner à critiquer peut blesser le narcissisme du Moi aliéné. Ce n’est pas mon style. Je n’aime pas blesser. Ma proposition pour que des jeunes désireux d’écouter et d’opérer cliniquement puissent gagner correctement leur vie sans être obligés d’avoir cinq petits boulots est donc simple : le RPH et sa formation clinique.
Le RPH a été créé pour les étudiants de première et de deuxième année de psychologie, même si aujourd’hui, vu la publicité donnée à mon enseignement, quelques-uns, les plus courageux, attendent d’avoir leur diplôme et d’en prendre cliniquement plein la gueule pour venir, cabossés, au RPH. Où ils sont les bienvenus, cela va de soi.
Puisque la personne malveillante s’y intéresse, voici l’évolution : depuis 2018, il y a toujours plus d’étudiants, toujours plus de cliniciens, toujours plus de colloques, toujours plus de journées d’étude. D’ailleurs, une journée d’étude intitulée « Souffrances gynécologiques : la clinique du partenariat entre médecine et psychanalyse » aura lieu ce samedi 12 septembre. Et une maison d’édition a été créée. Bref, on grandit.
Un dernier mot : je ne tente pas régulièrement de mettre un pied dans les services. Je n’offre pas uniquement mon pied, mais mon corps érogène tout entier. Un psychanalyste digne de cette position ne pourrait pas faire autrement. J’offre. Si vous, lecteur, êtes trop borné pour faire l’expérience de mon travail clinique, je reste à votre disposition. Je n’ai besoin ni de l’hôpital ni de la faculté, mais je suis à la disposition de celles et ceux pour qui le mot « réputation » fait encore écho à leur désir ou résonne dans le creux de leur esprit.
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