You are currently viewing La Consultation Publique de Psychanalyse

La Consultation Publique de Psychanalyse

Édith de Amorim
Paris, le 7 août 2026

Dans son édition datée du vendredi 7 août 2026, Le Monde publie en page 7 un article titré : « À Marseille, les ravages grandissants du crack ». Le journaliste Gilles Rof nous fait suivre le trajet de Julien Poireau à proximité de la gare Saint‑Charles de Marseille, distribuant du matériel dit de diminution des risques destiné à une population qui ne connaît pas, elle, de ralentissement. Les toxicomanes sont de plus en plus nombreux. Mamadou est un usager de l’association Nouvelle Aube, dont Julien Poireau est le cofondateur ; il est arrivé il y a quatre mois de Gambie et consomme sa pipe à même le trottoir. Les opérations de police, à des années-lumière de la dissuasion, ne font que déplacer les flux des consommateurs. Habitant malheureux de ces quartiers mal investis, Antoine – dont le prénom a été modifié – se bat pour obtenir l’ouverture de structures d’hébergement adaptées à l’usage du crack : « Si tu leur donnes un endroit pour vivre, ils pourraient s’en sortir », dit-il. Il y a bien ce projet nommé Tempo qui vise non seulement la réduction des risques mais également l’accès aux soins, l’accès aux droits et la tranquillité publique.

Dans ce qui est nommé « réduction des risques », on érige la prophylaxie en déesse tutélaire de la vie humaine ; or c’est bien mal connaître l’humaine condition et, en dépit du courage des intervenants sociaux et médicaux, le fléau progresse, ravageant ces vies humaines et la vie en société. Revenons à Mamadou : personne pour se demander comment, après de tels efforts pour quitter Banjul et rejoindre Marseille, il s’échoue dans cette consommation funeste ? Bien sûr, il y aura toujours des personnes pour dire que c’est parce que sa vie est dure, injuste, ce qui est très certainement vrai. Mais justement, qu’est-ce qui se passe dans la dynamique d’un homme – jeune, il a 20 ans – qui quitte un pays, une famille, affronte de multiples dangers pour, une fois parvenu sur cet autre continent, retourner à ce dur et cet injuste ? Qu’est-ce qui émousse ainsi un si beau désir ? Qu’est-ce qui pousse un être à renoncer à grandir une fois qu’il a touché au but ?

Dans ce projet Tempo, il manque la part du traitement psychique des drogués ; il manque une adresse pour venir dire cet enjeu les livrant à ce détestable Pyrrhus imaginaire. Dans ce projet Tempo, il manque une Consultation Publique de Psychanalyse (CPP) qui accueille ce tout-venant tout droit de ce Pandémonium universel. Les crackés ne sont pas qu’étrangers clandestins.

La CPP existe depuis 35 ans et est une création originale du RPH – École de psychanalyse qui a fait ses preuves en partant de cette appréciation que le pire n’est jamais sûr, que rien n’est écrit à l’avance, qu’il ne convient pas de renoncer du fait d’une considération qui se prend pour une vérité. La CPP est un lieu où exercent des professionnels recevant ce tout-venant pouvant payer selon ses moyens. Les témoignages cliniques sont nombreux et publiés notamment sur le site du RPH et de ses cliniciens. « Les pouvoirs publics se renvoient la responsabilité. C’est un échec », déplore Antoine, l’habitant désespéré ; ces pouvoirs publics qui sont sollicités sans cesse par le RPH – École de psychanalyse depuis 30 ans, en vain. Mais, avec nos moyens, les CPP fleurissent à Paris et en ÎledeFrance. À Marseille, nous sommes prêts à vous épauler.


Brève suivante