Édith de Amorim
Paris, le 31 décembre 2025
Vitiligo : c’est le nom d’une maladie chronique de l’épiderme. C’est aussi le nom d’une maladie auto-immune acquise qui évolue par poussées sous l’influence de différents facteurs tels que le stress, l’anxiété, un choc psychologique, des frottements…
Vitiligo : ses causes sont peu connues. Des recherches suggèrent une provenance de désordres auto-immuns ; il peut aussi avoir une origine neuronale ou virale.
Vitiligo : c’est un nom vieux comme Hérode puisqu’il est employé une première fois par Aulus Cornelius Celsus au Ier siècle av. J.‑C. dans son livre De Medicina1. (J’espère qu’il n’a pas trempé dans l’affaire des Innocents…).
Vitiligo, c’est quoi : c’est un défaut des mélanocytes qui sont fragilisés. Quel est donc ce mécanisme qui les rend instables ? Ce n’est pas clairement établi : il y a la théorie nerveuse, celle auto-immune qui semble recueillir le plus de suffrages et qui associe vitiligo et thyroïdite de Hashimoto, Basedow, Addison ou diabète de type 1, et la théorie toxique.
Vitiligo a droit à des traitements chargés de stimuler la multiplication des mélanocytes encore présents au niveau de l’épiderme pour qu’une repigmentation de la peau puisse avoir lieu.
Rencontre entre un patient de 32 ans et son bien dire ce qu’il y a entre peau et chair : en l’occurrence un inceste ; autre conjoncture : la redondante mise à l’écart et, enfin, une perte. Sa mère, psychotique, a quitté son père et le pays du père alors qu’il n’avait pas un an. Elle ne s’intéressait pas à savoir ce qu’il faisait – dès ses 10 ans, il avait pour habitude de sortir jusqu’à minuit et retrouver des copains plus âgés sans provoquer d’étonnement – ni à comment il le faisait ; ce qui comptait à ses yeux, c’est que lorsqu’elle avait décidé qu’il devait parler avec elle, il devait obtempérer immédiatement. Le plus souvent, elle lui enseignait la différence des sexes et l’excitation des sens : jeux de touche-touche, baisers mouillés. Ce qu’elle lui promettait, elle s’en dédiait sans hésitation ni scrupule.
À ses 14 ans, il est placé en famille d’accueil car sa mère doit être opérée et c’est alors qu’il découvre une vie de famille organisée autour de règles affectives, hygiéniques et sociales : celles d’un vivre ensemble en respect de l’âge et des fonctions de chacun. Enfin, à 24 ans, il perd la femme qu’il aime dans un accident de la route. C’est l’apparition du vitiligo.
L’homme est prudent mais il observe que la pigmentation revient puisque les macules reculent, rétrécissent. Il le dit et, comme il ne suit aucun traitement, il conclut : « C’est le travail que je fais ici » ; il vient depuis trois ans à raison de quatre séances par semaine et cette conclusion l’engage lui et lui seul pour l’instant.
Ce travail psychothérapeutique entrepris avec une psychanalyste (qui est toujours sur un divan) est celui d’un funambule autant que d’un forçat : le risque est là qui veille à son grain de repli sur le Moi tourmenté et présomptueux.
Le traitement est celui d’une adresse où, plusieurs fois par semaine, le patient vient dire l’arbitraire de sa vie d’enfant aux prises avec une mère schizophrène et ses autres qui, comme elle, le laissent pour compte au milieu de la nuit, au milieu d’une scolarité, d’un gué ou d’un chemin. Où, plusieurs fois par semaine, le patient vient dire l’inquiétude d’un monde qui peut, pour un oui ou pour un non, perdre sa couleur amicale, amoureuse, sociale.
Ce patient n’est pas venu pour ce vitiligo, mais puisqu’au long de ce chemin psychothérapeutique il a croisé l’amour d’une femme et qu’il a pu dire à haute voix sa préférence pour la femme d’un soir ou d’un été car la femme aimée le dégoûte. Et ce dégoût lui a permis de remonter jusqu’à cette mère erratique qui n’avait plus de limites entre amour tendre et amour sensuel. N’en déplaise aux détracteurs de la psychanalyse, de Freud et du complexe d’Œdipe : ce fer est toujours au chaud et ne demande qu’à être battu. Ce patient l’a battu et éteint le foyer où il brûlait.
La psychanalyse est l’adresse pour les êtres à messages hiéroglyphiques : ils y trouvent le Champollion qui les habite.
- Ezzedine, K., Eleftheriadou, V. & Whitton, M. « Vitiligo ». Lancet, 2015, consulté le 2 janvier 2026. ↩︎
Brève suivante