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Les épouvantails à moineaux

Édith de Amorim
Paris, le 15 mars 2026
J-6

Ils sont, dans nos campagnes vraies, comme les hannetons et les scarabées, en voie d’extinction ; or, leur utilité, à ces épouvantails à moineaux, trouve encore dans nos champs digitaux à s’illustrer. J’use donc d’une métaphore pour parler des sites internet où pullulent les avis qui, comme des nuées de corbeaux croassant, se collent aux basques des semeurs de graines pour ravager leur travail.

Considérer le site d’un psychanalyste qui serait constellé d’avis défavorables, comme autant de chiasses de buses, pour en faire son lit et, donc, renoncer à le contacter, impose une question saugrenue : pourquoi le psychanalyste n’efface-t-il pas ces avis nauséabonds ? Eh bien, parce que leur utilité réside justement dans ce fait qu’ils font fuir les petits moineaux à la recherche d’un « psy » et qui, effrayés des avis misérables, capitulent. Un premier tri s’opère. Car, soyons sérieux : que signifie consulter les avis d’un site avant que de prendre rendez-vous avec un psychanalyste ? La recherche des trois étoiles au Michelin psychanalytique en dit long sur la mollesse de l’intention : la souffrance, de toute évidence, n’est pas au rendez-vous. Peut-être juste de la plainte… et encore. Plus certainement de l’appréhension et de l’inhibition pas encore arrivées à pleine maturité d’exsudat.

Sans doute suis-je trop âgée pour adhérer à cette idée internautique de donner son avis sur tout et à tout bout de champ. Les avis sont le fait de contempteurs lesquels, s’ils y prennent goût – et ils y prennent goût grâce à l’anonymat – tombent bien bas, tournent en Zoïles. Comment se faire une idée à partir d’avis émis par des pouacres ? Résultat : l’aspirant patient prend ses petites jambes à son petit cou et s’en va et c’est tant mieux pour les psychanalystes qui n’ont pas de temps à perdre à considérer le fétide avis moïque des grincheux, des envieux et des méchants. Qui pour croire qu’y niche une quelconque once de vérité ?

On ne fait pas école en regardant ses pieds ; on ne fait pas école en prêtant le flanc aux avis tristes des moineaux aux Moi de crapauds qui bavent. On fait école en travaillant. Le travail d’un psychanalyste, c’est d’abord et avant tout la clinique : recevoir l’être souffrant qui n’en peut mais. Et pour cela il convient aussi de travailler à former, à transmettre et à faire savoir à ceux qui veulent savoir comment faire pour devenir psychanalyste. Ce n’est pas en lisant les avis défavorables qu’on peut croire apprendre quelque chose de sérieux. Cette importance accordée à ces opinions anonymes révèle un être peu réfléchi et vaguement soigneux dans ses actes.

À quelque chose, malheur est bon, je vous le traduis immédiatement : à faire le ménage, les avis grossiers sont épatants.

Pour ceux qui ne se soucient guère de ces piètres points de vue, samedi 21 mars prochain il y a une journée importante programmée pour savoir davantage sur la formation du psychanalyste : le colloque du RPH « La formation du psychanalyste. Comment faire École ? » à l’Espace Vinci dans le 2e arrondissement de Paris.

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