Nouha Babay
Courbevoie, le 11 mars 2026
À l’aune du 50ᵉ colloque du RPH – Réseau pour la psychanalyse à l’hôpital, intitulé « La formation du psychanalyste : comment faire École ? », je me rends compte que j’avais manqué à mon devoir d’être au RPH, pensant que ma contribution et mon écrit n’avaient pas de valeur et qu’ils ne comptaient pas face à l’expérience clinique des psychothérapeutes et psychanalystes de l’École. Une invention imaginaire de mon Moi pour fuir ma responsabilité !
Le rappel à l’ordre reçu de la part des psychanalystes de l’École, invitant les étudiants à écrire la brève due pour le colloque, est un rappel au désir de l’être d’assumer sa responsabilité. Depuis sa fondation en 1997 par le docteur Fernando de Amorim, président du RPH, l’adage de l’École est clair : toutes les personnes, quel que soit leur niveau d’études, leurs avancées dans la cure et dans la clinique, sont invitées à contribuer à la vie de l’École. Les nombreux témoignages des membres en attestent.
Pourquoi a-t-il fallu ce rappel pour accoucher de ces quelques lignes ? Ma résistance et mon auto-sabotage, j’en parlerai dans ma cure personnelle sur le divan, car c’est le lieu où je peux interroger cet épisode manqué de mon désir alors qu’il toquait à ma porte.
Du reste, je souhaite témoigner de mon expérience au sein du RPH depuis plusieurs années, ainsi que du soutien constant que j’y ai reçu tout au long d’un parcours certes long, mais qui, grâce à ma psychanalyse et au désir porté par les membres de l’École, m’a permis de persévérer et de me construire progressivement, malgré les difficultés rencontrées dans ma vie personnelle et professionnelle.
Ma rencontre avec la psychanalyse remonte à mes années de collège, à travers des lectures vagabondes, errantes, sans but particulier. Puis une souffrance corporelle m’a amenée à rencontrer un psychiatre quand j’avais 16 ans. Le jour du rendez-vous, je me rappelle avoir noté dans mon carnet qu’enfin j’allais rencontrer un spécialiste de la vie psychique, quelqu’un qui allait m’écouter. Dans la salle d’attente de l’hôpital avec ma mère, en voyant des personnes crier tout autour, elle a dit : « Ce n’est pas pour toi ! » Et nous sommes parties.
Je remercie ma mère d’avoir pris cette décision à ce moment-là, car ma souffrance n’avait pas besoin de médicaments mais d’un rappel à l’ordre à mes parents et d’un réveil de mon désir qui sommeillait : faire tout ce qui était en ma capacité pour réussir et quitter une organisation familiale défaillante et à l’origine de mes souffrances.
À l’école des beaux-arts, j’ai pu lire quelques textes de Freud et de Lacan, heureuse rencontre alors que j’étaisencore errante et vagabonde. Les années se sont écoulées et à chaque nouvel événement déstabilisant, ma souffrance était toujours là, mais je faisais la sourde oreille.
À la suite d’un événement traumatique survenu durant mes études à la Sorbonne, j’errais entre un coach professionnel, une conférence de Christophe André, la méditation et les affirmations positives. Rien n’y faisait : cela fonctionnait plus ou moins sur le moment, mais les symptômes revenaient presque aussitôt.
En 2016, je tentais encore de fuir ma souffrance et j’entamais une nouvelle aventure : une reconversion professionnelle. Une aventure qui n’a fait que réveiller cette souffrance, encore et encore, jusqu’à ce que je ne puisse plus faire la sourde oreille. J’étais au bord du gouffre. Un gouffre qui avait toujours été présent dans ma vie, mais que j’avais jusque-là réussi à éviter par mes propres moyens, jusqu’au jour où je n’ai plus pu le faire seule, sans demander de l’aide. Ce jour-là, j’ai poussé la porte du cabinet de mon psychanalyste.
Dès la première séance, j’entrais en psychanalyse. La rencontre avec le divan a été décisive : je venais de rencontrer mon désir que je fuyais depuis des années. Alors que j’avais traîné des casseroles et des valises pleines de fantasmes et de souffrances, ces valises et ces chaînes ont commencé peu à peu à se vider et à se défaire. Les effets ont été immédiats : apaisement de mon corps et, surtout, libération d’une parole que je retenais depuis mon enfance. Non seulement, dans ma cure, mon psychanalyste m’entend, mais sans le savoir je me suis trouvée, poussée par mon désir, à reprendre des études en psychologie et à commencer ma deuxième reconversion professionnelle alors que je me rapprochais de la quarantaine. Ce désir est né sur le divan sans le chercher : il est « tombé comme un fruit mûr », si j’emprunte l’expression au docteur de Amorim.
