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C’est quoi, faire École au RPH ? (III)

Nouha Babay
Courbevoie, le 11 mars 2026

Faire École au RPH, c’est compter avec le désir des êtres et non leurs « Moi ». Ce désir mûrit progressivement grâce à la cure personnelle, aux supervisions de groupe et individuelles.

Au RPH, alors qu’on est encore étudiant, on peut recevoir des patients, participer à des groupes de travail, à des groupes de lecture, du moment qu’on désire y être. Depuis que je suis à l’École, j’ai toujours eu des responsabilités. L’invitation est adressée à tous les membres sans exception. Seul le désir de travailler ensemble compte.

Rien ne m’exclut réellement, si ce n’est mes symptômes et ce désir d’auto-sabotage qui m’habite encore. Aujourd’hui, je peux me dire sans culpabilité que ce n’est pas grave, tant que je poursuis ma cure personnelle, car le moment viendra où je saurai assumer pleinement mon existence et en prendre la responsabilité.

Au RPH, chacun travaille à sa manière et avec son propre style. Il n’y a pas de maître au sens d’une maîtrise et de pouvoir, mais une transmission rigoureuse et solide dont je constate les effets dans mon parcours d’études et de stages. Faire École, c’est transmettre non pas un savoir figé, mais un mouvement vivant où chacun trouve sa place à partir de son propre désir. C’est créer les conditions pour que la formation du psychanalyste ne soit pas une accumulation de connaissances théoriques, mais une expérience qui transforme celui qui s’y engage.

Au sein du RPH, le désir de l’être prime sur les identifications imaginaires du Moi. C’est cette orientation éthique qui permet à chaque membre de construire progressivement sa position de clinicien. Par ailleurs, le RPH propose cette voie singulière : une école où « la psychanalyse du psychanalyste est sans fin » et cela pour « protéger la psychanalyse et surtout le psychanalysant du Moi du psychanalyste »1.

Ce témoignage est une profonde reconnaissance envers la psychanalyse qui m’a permis et me permet encore de construire mon existence avec mes propres moyens, sans jugements et en évitant l’autosabotage et l’autodestruction. C’est aussi une invitation qui s’adresse aux étudiants, aux professionnels de la santé, aux personnes en reconversion : si vous êtes désireux de vous former à la psychanalyse, le désir n’attend pas. Entre l’errance et la construction, il y a une porte à pousser. Derrière cette porte, il y a un divan où la parole se libère, une École où le désir compte, et un chemin qui se trace pas à pas.

À l’heure où ce 50ᵉ colloque interroge la question « comment faire École ? », ce témoignage se veut une modeste contribution à cette réflexion collective : faire École, c’est compter avec le désir et accompagner son émergence et sa construction.

Fernando Pessoa écrivait : « Naviguer est nécessaire ; vivre ne l’est pas. »2 Au RPH, j’ai appris que désirer est nécessaire. Non pas comme une injonction, mais comme une construction de l’existence, où l’éthique d’un désir décidé se soutient du travail de chacun. Faire École, c’est transmettre cette boussole.


  1. Amorim (de), F. « Repenser la formation du psychanalyste », 2024, consulté le 11 mars 2026. ↩︎
  2. “Navegar é preciso; viver não é preciso”
    Pessoa, F. Obra completa de Fernando Pessoa: Inclui Livro do Desassossego, Mensagem, todos os poemas e odes de Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos (edição definitiva). Lisboa, Babelcube, 2015. Édition numérique Kindle. Traduction du portugais. ↩︎

Le Colloque du RPH
LA FORMATION DU PSYCHANALYSTE : COMMENT FAIRE ÉCOLE ?

samedi 21 mars 2026, de 9h00 à 16h30
à Paris et en visioconférence

Affiche colloque - La formation du psychanalyste