Carmen Blanc
Hennebont, le 27 juin 2026
Le Manuel clinique de psychanalyse, paru chez RPH‑Éditions, évoque l’importance des formations de l’inconscient qui se composent de lapsus, de signifiants corporels, de witz, de rêves ainsi que d’actes manqués1. Ces signifiants ont une grande importance dans la cure, puisqu’ils viennent ouvrir une brèche d’une partie de l’inconscient. Ainsi, il relève de la responsabilité du clinicien de pouvoir les repérer et les signifier au patient ou psychanalysant, afin que ce dernier puisse s’en saisir, l’interpréter ou associer librement.
En 1988, Fernando de Amorim propose le concept de « signifiant corporel » qui se définit par les « manifestations du corps de l’être […] pendant la séance tels qu’un bruit, une odeur, un geste »2. Voici une vignette clinique venant illustrer ce concept. Lors d’une séance, Mme A. peine à associer librement ses pensées. Dans son silence verbal, elle masse sa main droite à l’aide de sa main gauche. La clinicienne remarque ce geste et demande à la patiente d’en dire un mot. Cette dernière évoque alors un souvenir. Depuis son plus jeune âge, elle a une difficulté à mouvoir sa main correctement et, de ce fait, l’utilise peu. Durant ses premières années de vie, ses parents ne s’en inquiètent pas ou ne le remarquent pas. C’est lors de son entrée à l’école que la professeure, voyant le bras droit de la patiente laissé inerte, en fait part à ses parents et les encourage à prendre rendez-vous chez le médecin. C’est ainsi qu’ils découvrent que leur fille souffre en effet d’une malformation qui retarde sa motricité fine. Une rééducation a pu commencer et lui permet aujourd’hui de mobiliser sa main plus librement. Ce souvenir remonte à la surface car, quelques jours précédant sa séance et à la suite d’une visite de contrôle de la médecine du travail, Mme A. apprend que cette malformation est probablement congénitale. Elle s’interroge alors sur l’absence de réaction de ses parents avant son arrivée à l’école. De fil en aiguille, elle associe librement sa haine ainsi que son agressivité à l’égard de ses parents. Cette vignette clinique va également dans le sens de ce que Sigmund Freud nous dit : « par langage il faut comprendre […] aussi la langue des gestes »3.
Ainsi la parole, voilée par les manifestations corporelles, trouve la possibilité de se dire au cours de la cure par l’association libre. De cette manière, le patient ou psychanalysant est amené à construire son désir et une existence à soi qui puisse être agréable et épanouissante.