Dr. Ouarda Ferlicot
Courbevoie, le 07 mars 2026
J’ai été frappée par la violence et la virulence des propos de Florent Chapel, co-président d’Autisme Info Service, dont le projet est de débarrasser les hôpitaux et les services de psychiatrie de la psychanalyse et de libérer les psychologues de sa supposée emprise. C’est une nouvelle forme moderne d’hygiénisme. En effet, il n’hésite pas à qualifier la psychanalyse de secte. Pour cela, l’argument de sa démonstration est toujours le même, celui de la science : il n’y a aucun élément scientifique venant attester de l’efficacité de la psychanalyse dans le traitement de l’autisme. En outre, cet argument n’apporte pas la preuve que la psychanalyse serait une secte.
Les patients viennent trouver un psychanalyste en cabinet parce que c’est le seul lieu où ils vont pouvoir parler librement et sans jugement. Quels sont les bénéfices que tirent les patients et les psychanalysants ? Pour les premiers, en sortant de psychothérapie, ils ne souffrent plus de leurs symptômes. Ils n’ont pas exprimé un désir d’en savoir davantage et, par conséquent, cela ne va pas plus loin.
Pour les seconds, les psychanalysants, à l’issue de leur psychanalyse, parce qu’il y a bien une sortie, ils accèdent à la position de sujet, soit la position d’un être devenu responsable, autonome et qui construit sa vie. Tout le long de ce trajet – et de nombreux témoignages existent – ils construisent par le travail une stabilité, une aisance financière, une famille, achètent des maisons ou des appartements ; en clair, ils deviennent des citoyens qui paient des impôts et participent à la vie publique et citoyenne de l’État.
Ce projet est un projet psychanalytique. Il n’a rien à voir avec un projet sectaire.
Cette construction subjective ne doit rien à la croyance en un gourou, un maître ou un dieu car, en ce cas, les effets de construction ne tiennent pas longtemps sur la croyance porteuse d’imaginaire ; telle la grenouille qui se veut être plus grosse que le bœuf, la croyance corrompt la réalité.
Une construction est le produit d’un tissage lié aux effets de la parole articulée selon les lois symboliques du langage, des fantasmes traversés, des symptômes dénoués tout au long de la cure. Elle s’appuie sur un désir véritable de s’en sortir, un désir qui se construit tout au long d’une cure produisant des effets réels et concrets dans la vie.
Que certains renoncent à cette opportunité est un choix qui leur appartient, mais qu’ils ne viennent surtout pas imposer aux autres que leur voie est l’unique à être empruntée. Cette manière de faire est dogmatique, totalitaire et liberticide.
Dans un pays comme le nôtre, chacun devrait pouvoir choisir pour lui-même la façon dont il souhaite diriger et conduire sa vie, sans qu’une haute autorité emploie toute sa puissance pour orienter vers une manière de soigner qui relève davantage de l’idéologie : celle qui laisse à penser que l’on peut se passer de la parole, de ses effets, et qu’une fois réglé ce qui se passe dans le cerveau, il n’y a plus rien à en dire.
Alors, non, les psychanalystes ne sont pas sectaires. Le sectaire provient de la volonté de pensée unique, du refus de l’altérité dans la pratique.
Contrairement à ce que prétend ce monsieur, les psychanalystes, notamment les membres du RPH – École de psychanalyse, n’ont jamais proposé que les méthodes comportementales soient interdites, comme ils n’ont jamais été contre la médecine, contre les voyants, contre les magnétiseurs, comme ils n’ont jamais demandé à un patient de ne plus voir son psychiatre, sa voyante, son psychologue, son coach. Pour quelle raison ? Parce que toutes les pratiques ne se valent pas. La méthode psychanalytique est la seule qui s’intéresse au désir inconscient et au sujet. La seule.
Pour le psychanalyste, ces autres praticiens ont une fonction sociale et d’accroche transférentielle pour le patient. Il n’existe pas d’incompatibilité, sauf pour monsieur Chapel qui compare ce qui n’est pas comparable.
Mais heureusement pour les enfants qui souffrent d’autisme et pour leurs parents désirants, il existe d’autres associations de parents d’enfants autistes, qui ne pensent pas comme ce monsieur et encore moins comme la HAS et qui, au contraire, acceptent le pluralisme des pratiques. Je vous invite à lire le témoignage de Simon Marie1 ou encore celui de Françoise Rollux, mère d’un enfant autiste et co-fondatrice de l’association Autisme Liberté2 dans l’ouvrage Ce que les psychanalystes apportent aux personnes autistes.
Que ce monsieur empêche les parents et leurs enfants de rencontrer un psychanalyste est une voie animée par la toute-puissance, voie qui mène davantage vers un traitement de l’enfant autiste orienté par le biopouvoir plutôt que par l’éthique clinique et le respect du sujet.