La lettre

La lettre a une parution mensuelle. Son objectif est d’informer, communiquer et critiquer l’actualité psychanalytique, médicale ou sociétale. Dans la première partie vous trouverez un petit article de « libre opinion ». Dans la seconde, les nouveautés cinématographiques des salles hors du circuit commercial, les films d’auteurs français et étrangers ; les nouveautés et anciennetés littéraires et enfin, les informations concernant le RPH, ses séminaires (lieu, date, responsable) et l’annonce des colloques.

Edith de Amorim est la responsable de la publication. Pour en être destinataire il vous suffit d'en faire la demande sur NOTRE PAGE CONTACT.


Rédacteur en Chef : Edith de Amorim


01-02-2006
Lettre N° 93

Editorial

L’ensachage

C’est l’action d’ensacher, de mettre en sac, la farine, le blé, le grain, le café… Depuis un certain temps, en France, en Europe, d’aucuns pensent qu’il est tout à fait conforme à l’idéal républicain d’ensacher les femmes ! Et, à l’instar du progrès, son frère de lait, rien n’arrêtant la régression, désormais on ensache également la dépression, l’activité lorsqu’elle est « hyper », la phobie et jusqu’aux jours de l’année ! C’était écrit, dans Le Figaro (23/1/06) : un spécialiste de santé mental de l’Université de Cardiff, Monsieur Cliff Arnall, a effectué « une très sérieuse étude » servant à définir le jour le plus déprimant de l’année civile (un lundi, évidemment) et, toujours selon la même formule mathématique (« complexe ») dudit spécialiste, il a cerné le jour le plus heureux ! Ite, missa est ! Du moins, pour ceux qui disent cette messe de requiem de l’humaine humanité.
Il est des homo sapiens sapiens qui résistent encore et toujours à l’ensacheur patenté par ailleurs débordé par ses propres ensachés modèles, tels les scientifiques qui tripotent leur résultat histoire de gagner plus, en espèces de reconnaissances.
Affligeant pot aux roses pour les tenants à ensacher, car alors que depuis quelques années ils nous rabâchent qu’il faut évaluer, peser, soupeser même, et régler en tel nombre de séances tel trait ou telle faille psychiques ce qui, à les entendre, devrait nous blinder contre les charlatans, patatras, les dieux de la science solide comme un roc tombent bruyamment de leur socle, confondus qu’ils sont de falsification, et autres tricheries. Tous diplômés, tous docteurs en quelque chose ! Tous humains aussi.
Sans doute, à quelque chose malheur est bon et le vent mauvais qui souffle sur la santé mentale ces temps derniers permet-il à ses divers acteurs – à condition qu’ils perçoivent le danger qui les guette – de se mobiliser et de s’interroger à tout le moins sur l’éthique de leur pratique. Ce qui peut se révéler fort vivifiant.
Alors, pourquoi ne pas profiter de ce climat d’intempérance pour voguer jusqu’à Bruxelles et y jeter l’ancre du 6 au 9 juillet à venir pour aller nager dans les eaux des 3e EGP (Etats Généraux de la Psychanalyse) afin de fourbir les armes éthiques de nos pratiques ? Ce sera l’occasion de faire entendre la voix de la discordance, bien humaine, dans l’odieux concert d’ « humânneries » (Claude Nougaro) de la moderne gouvernance.
Car, enfin, si la psychanalyse n’a plus voix au chapitre qu’en fonction de titres ou de normes, alors elle sera dans l’homme « … Presque comme l’arbre vole – Dans l’oiseau qui le quitte » (Fereira Gullar, Poème Sale, « La ville est dans l’homme – Presque comme l’arbre vole – Dans l’oiseau qui le quitte », Le temps des cerises, oct. 2005.)

Billet

Tartuffes aux pays de l’or noir !


Danemark et Norvège essuient, depuis la parution le 30 septembre 2005 d’une série de dessins caricaturant le prophète Mahomet, le courroux grandissant - c’est une litote - des pays arabes : menaces de mort, fermeture d’ambassade, boycottage commercial et jusqu’au recours à l’ONU pour l’adoption d’une « résolution contraignante, interdisant le mépris des religions et prévoyant des sanctions contre les pays ou les institutions qui enfreindraient cette résolution. » (Le Figaro, 30/1/06, « Les produits danois menacés de boycott musulman, Christine Fauvet-Mycia).

Je me demande ce que ces dessins – quand bien même ce ne seraient que des traits d’esprits sortis d’esprits étroits et intolérants – blasphèment que n’auraient pas déjà outragé les attentats de Paris, New York, Madrid, Casablanca, Bali, Istanbul, Londres …? Que je sache, les chœurs des vitupérations et autres incantations n’ont pas alors résonné de cette magnifique même voix ! Dommage !

Je m’interroge également sur l’écho que trouvent ses vociférations dans nos sociétés : ainsi Bill Clinton qui s’élève contre « l’outrage » porté aux musulmans (je vous présente l’hôpital qui se fout de la charité) ; ainsi aussi Gilles Kepel, professeur à l’Institut d’études politiques et spécialiste du monde musulman (et décoré de l’ordre de La Palice) assénant « … si certains terroristes sont islamistes, cela ne signifie pas pour autant que tous les musulmans le soient. » (Libération, 31/1/06, « Le blasphème, une notion très sensible dans le monde musulman, Marc Semo) ; ainsi, aussi, Malek Chebel, anthropologue et psychanalyste, « engagé de longue date dans un combat pour un ‘Islam des lumières’ » qui « n’en reconnaît pas moins ‘ressentir une gêne face à la provocation gratuite…’ » (toujours Libération) (moi qui pensais que la provocation n’était payante – et donc ne fonctionnait - que parce qu’elle touchait !).

Voilà pour les réactions des hommes plus que titrés, reconnus et cités. Pour ma part, j’ai le souvenir d’avoir lu des bandes dessinées - de bonne notoriété puisqu’elles m’ont dénichée jusque dans ma province et cela au début des années 70 ! - racontant des histoires drôles sur ces dieux Uns, Seuls, sans que personne n’y trouve à redire. Est-ce à dire qu’il n’y avait aucun musulman, à cette époque, pour lire le français ? Ou pour croire en Dieu ? Des Tartuffes, je vous dis !

Pour autant, rien ne nous oblige à tenir le rôle d’Orgon ou de Madame Pernelle croiyant que « Nous vivons sous un Prince ennemi de la fraude, Un Prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. » (Molière, Tartuffe ou l’Imposteur, Acte V, Scène VII). Aux IIIe E.G.P. on devrait pouvoir apprendre à se défendre de l’un et des autres !

L’œil - en salles obscures

La trahison : film français, drame, 2005, de Philippe Faucon avec Ahmed Berrhama, Cyril Troley, Vincent Martinez, Walid Bouzham… L’Algérie, l’occupation, les choix, tenir, tenir et lâcher quand même parce qu’il s’agit de positions intenables… Même les années qui nous séparent des « évènements » d’Algérie sont présentes dans ce film sur la guerre qui ne nous donne pas à voir la haine mais l’impossible du réel…

 

L’œil – Internet :

Un très beau et très riche site, conçu et réalisé par Monsieur Gabriel Conesa, consacré à Molière ; ces œuvres sont en ligne, par ordre chronologique, alphabétique ou de représentation. Rien que ça ! Voici l’adresse : www.toutmoliere.net

 

L’œil – Aux aguets :

L’homme d’affaire franco-egyptien, Raymon Lakah, propriétaire de France Soir, a donc pris la décision, mercredi 1er février de révoquer Jacques Lefranc suite à la publication des caricatures de Mahomet. France Soir était, mercredi, le seul quotidien français à faire ce geste d’éclat de soutien à la liberté d’expression en titrant en Une « Oui on a le droit de caricaturer Dieu » ; le voici viré ! A cette occasion, nos journalistes de la presse nationale, en ce 2 février 2006, s’en tiennent aux faits, rien qu’à eux. Pas d’effets de manche, ni d’opinion, mais beaucoup de prudence et de retenue. Pour ceux qui ont voté non au référendum du 29 mai c’est à n’en pas croire leurs yeux !!!

 

L’œil – en vers :

Poème sale, Fereira Gullar, octobre 2005, Le Temps des Cerises


Les réunions cliniques du RPH

Ces réunions se déroulent le deuxième mardi de chaque mois de 21h à 23h au 1 rue Lentonnet 75009 Paris. Chaque mois un membre praticien de l’association présente une situation clinique. La réunion est ouverte uniquement aux membres praticiens de l’association. Informations : J.-B. Legouis 06.11.89.51.81.

Informations :
J.-B. Legouis : 06.11.89.51.81.

Dates des prochaines réunions :
14.02.06 : N. Daquin
14.03.06 : M. Touré
14.04.06 : J.-B. Legouis

Le séminaire du RPH

Ce séminaire animé par F. de Amorim a pour thème le surmoi dans la clinique quotidienne du médecin et du psychanalyste. Il se déroule le quatrième mardi de chaque mois de 21h à 22h 30 au 1, rue Lentonnet – 75009 Paris. Il est ouvert aux médecins, étudiants, psychanalystes et psychistes qui pourront apporter des situations cliniques à discuter pendant le séminaire.

Informations :
F. de Amorim : 01.47.70.56.02

Dates des prochains séminaires :
Le 28 février 2006
Le 29 mars 2006
Le 25 avril 2006

Les rendez-vous du RPH

Où est le handicap ? Vivre, soigner, parler, dans la cité

Samedi 8 avril 2006

En ses préparatifs de colloque, ses organisateurs, Louise Beraud et Jean-Baptiste Legouis, se heurtent au problème de location d’une salle qui soit accessible aux handicapés.

Si, parmi nos lecteurs, quelqu’un a connaissance d’un tel lieu, il est chaleureusement invité à le faire savoir en contactant directement le RPH au 01.45.26.81.30.

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