La lettre

La lettre a une parution mensuelle. Son objectif est d’informer, communiquer et critiquer l’actualité psychanalytique, médicale ou sociétale. Dans la première partie vous trouverez un petit article de « libre opinion ». Dans la seconde, les nouveautés cinématographiques des salles hors du circuit commercial, les films d’auteurs français et étrangers ; les nouveautés et anciennetés littéraires et enfin, les informations concernant le RPH, ses séminaires (lieu, date, responsable) et l’annonce des colloques.

Edith de Amorim est la responsable de la publication. Pour en être destinataire il vous suffit d'en faire la demande sur NOTRE PAGE CONTACT.


Rédacteur en Chef : Edith de Amorim


28-04-2010
Lettre N° 138

Editorial

 

RENCONTRE

 

        Ce fut une fois, une seule, dans le courant d'une fin d'après-midi d'un samedi de février 1996, dans la lumière blafarde des urgences flambant neuves d'un hôpital parisien, urgences semi-désertes, immenses, propres ; c'est là qu'eut lieu une rencontre improbable comme seuls ces lieux d'opiniâtre souffrance peuvent en être le limon !

 

        Sur les bancs publics de ces urgences inhabitées, un homme tout de noir vêtu - du bonnet aux chaussures - est assis le menton appuyé dans ses mains, coudes sur les genoux, penché en avant, ramassé, regard perdu ; difficile de dire s'il attend son tour en proie à l'espoir d'être défait d'un mal assommant ou s'il tente de se relever de son banc de douleurs... Un seul coup d'œil est suffisant pour faire de lui un individu, triste, et jauger de la distance pleine et entière qu'il convient d'instaurer d'avec cet homme immensément seul à la manière des pauvres hères !

 

        Il est immobile, happé, loin, indifférent à l'arrivée de deux femmes qu'accompagnent deux enfants : un petit garçon et une encore plus petite fille. Lesquels, débarrassés de la panoplie qu'exigent la raideur du climat et les soins maternels, prennent possession des lieux, ravis des volumes et des sols impeccables miraculeusement propices aux courses des petites voitures que le bambin, d'à peine quatre ans, ne tardent pas à faire courir ; la petite fille - un an tout juste - bien moins leste dans ses mouvements progresse d'un pas chaloupé propre aux nouveaux marcheurs, dessinant la trajectoire, incertaine qu'en apparence, la menant à la périphérie de l'homme en deuil et en silences ! Elle se plante là, considérant l'homme, calmement, telle une sentinelle sûre que c'est bien de là, de cette sombre tanière que sortira l'être !

 

        Insensiblement, l'homme reparaît, se détache du repère imaginaire et létal où il pensait se fondre tout entier, découvre l'enfant : ils se regardent.

 

.../...

        Il ne semble déjà plus si ombrageux quand le voilà soudain éclairé par l'enfant qui tend ses bras vers lui : magnifiques cordages pour l'homme sans filet !

 

        De l'orée de sa forêt profonde, encore un peu hirsute, hagard, presque aux abois, il s'empare de l'enfant avec une infinie douceur et l'assied sur le bout de son genou ! Décidé et prévenant, tout à l'heur de la rencontre, il plonge son regard dans celui de ce minuscule autre qui ne cille pas !

 

        Jusqu'à l'instant du salut : la petite fille incline la tête et présente son front contre lequel l'homme soudain moderne vient poser délicatement le sien.

 

        Puis, il repose l'enfant à terre qui vaque à d'autres trouvailles ! Peu après, il se lève et salue imperceptiblement la mère qui n'a rien perdu de cette rencontre et s'est tenue suffisamment à distance pour qu'elle puisse avoir lieu !

 

        Pourquoi évoquer cette rencontre ? Parce que d'une manière étonnante mais pour autant directe, elle est en lien avec le sujet du colloque que le RPH organise le 29 mai prochain sur la phobie (Phobie, structure ou symptôme ?) car c'est bien l'histoire d'une rencontre rendue possible par l'absence d'une peur, une peur par trop standardisée, commune, imaginaire qui confine l'être dans sa caverne à la Ali Baba et aux quarante voleurs ! La phobie, qui érige un « savoir » sur, certain, convaincu et inaliénable, inaltérable sur ce qu'il convient de ne pas chercher, trouver, retrouver !

 

        La phobie de... la phobie du... équivalent du « tu brûles ! » des jeux d'enfance où on est seul à savoir où est caché l'objet ! On riait alors hurlant : « t'es froid ! glacé ! gelé ! congelé ! »

 

        Désormais, on se croit encore seul à savoir où est caché l'objet de notre dégoût, peur, hantise, effroi... or le RPH vous invite précisément à prendre la mesure imaginaire de cette croyance !

L'œil - en salles obscures et raccords...

Eastern Plays, Bulgarie Suède, 2010, de Kamen Kalev avec Hristo Hristov, Ovanes Torosian, Hatice Aslan... Sofia, la misère, les nazis (dont un chefaillon qui ressemble à un lion !), les touristes, l'hystérique, Sofia, un vieux, vieux, vieux comme un Mathusalem qui dénoue les liens du corset d'un temps vraiment trop mauvaise fille... Un très beau film

 

Independencia, Philippines France, 2010, drame de  Raya Martin avec Tetchie Agbayani, Mika Aguilos... Tout d'abord c'est en noir et blanc, c'est un format petit c'est comme un ovni, ça pourrait presque être du cinéma muet, ce qu'il n'est pas, et ça transporte dans la jungle, l'oreille aux aguets à surveiller le danger fui, qui pourtant menace encore et encore et encore...

 

L'œil en arrière

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918), poète, « Le pont Mirabeau » (Alcools, Poésie, Gallimard)


 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure


Les réunions cliniques

du RPH

Ces réunions se déroulent le deuxième mardi de chaque mois de 21h à 23h au 1 rue Lentonnet 75009 Paris.

 

Chaque mois un membre praticien de l'association présente une difficulté clinique. La réunion est ouverte uniquement aux membres praticiens de l'association.

Informations :

J.-B. Legouis : 06.11.89.51.81.

 

Dates des prochaines réunions :

11.05.10 : J.-B. Legouis

08.06.10 : D. Sourrouille

Le séminaire du RPH

 

Ce séminaire animé par F. de Amorim a pour thème le désir dans la clinique quotidienne du médecin et du psychanalyste. Il se déroule le quatrième mardi de chaque mois de 21h à 22h 30 au 1, rue Lentonnet - 75009 Paris. Il est ouvert aux  médecins, étudiants, psychanalystes et psychistes qui pourront apporter des difficultés cliniques à discuter pendant le séminaire.

Informations :

F. de Amorim : 01.47.70.56.02

 

Dates des prochains séminaires :

27 avril 2010

25 mai 2010

Les rendez-vous du RPH

 

XVIIIe colloque du RPH

PHOBIE :

STRUCTURE OU SYMPTOME ?

Samedi 29 mai 2010

Mairie du 9ème - Salle du Conseil

 

[...] Après le colloque sur la névrose hystérique et celui sur la névrose obsessionnelle, le RPH se consacre, dans cette continuité de questionnement sur les grandes structures psychiques, à la névrose phobique.  Que fait un clinicien face à une personne qui souffre de phobie ? Quelles sont les fonctions de la phobie et que se cache-t-il derrière cette peur pour le moins handicapante ? Quelle cartographie pour nous orienter dans l'océan clinique ? [...]

Sous la responsabilité de Sara Buguet et Julien Faugeras

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