La lettre

La lettre a une parution mensuelle. Son objectif est d’informer, communiquer et critiquer l’actualité psychanalytique, médicale ou sociétale. Dans la première partie vous trouverez un petit article de « libre opinion ». Dans la seconde, les nouveautés cinématographiques des salles hors du circuit commercial, les films d’auteurs français et étrangers ; les nouveautés et anciennetés littéraires et enfin, les informations concernant le RPH, ses séminaires (lieu, date, responsable) et l’annonce des colloques.

Edith de Amorim est la responsable de la publication. Pour en être destinataire il vous suffit d'en faire la demande sur NOTRE PAGE CONTACT.


Rédacteur en Chef : Edith de Amorim


03-03-2009
Lettre N° 125

Editorial

 

OBJET

 

 

        Février 2009 : mois de l'objet ! De convoitise, de perdition, de nécessité, de mémoire, d'histoire, de collection... Objet précieux qu'on exhibe ; objet précieux qu'on dérobe ; objet précieux qu'on restaure ; objet précieux qu'on met aux enchères... Et le manque est ainsi revêtu de réussite, d'échec, de besoin, de témoin, de symbole, d'absence...

 

        Ainsi, tout au long du cours tourmenté de ce mois-ci, sur l'Océan convulsé et furieux de la Crise Planétaire (s'il vous plaît !), les masques sombrent comme à Gravelotte ! Mais à la différence de Gravelotte, ce n'est pas là la dernière bataille où la grosse cavalerie du « tout est perdu fors l'objet » trouvera à s'exprimer !

 

         Un homme connu, reconnu pour ses mots bons à tout vendre - Jacques Séguéla - s'est pris les pieds, la langue et les propos dans le tapis trop rouge : patatras, tant d'années passées à parfaire la réclame de son lustre et le voilà qui sombre à faire le jacques en vantant les mérites d'un objet qui n'a guère que celui d'être inutile parfaitement et accessoirement précis !

 

        Une femme, inconnue, reconnue Outre-Rhin pour sa condition de caissière au long cours dans un supermarché, se prit elle aussi les pieds, les doigts et l'algèbre dans le tapis roulant : patatras, tant d'années passées à parfaire la stature de la bonne employée bien peu rémunérée et voilà Barbara qui s'approprie deux bons d'achat d'une valeur totale d'un euro et trente centimes oubliés par un client. Las ! Son licenciement vient d'être confirmé par le tribunal allemand : qui vole un œuf, vole un bœuf !  

 

        Un homme connu, reconnu, se défait d'une collection d'objets d'art constituée au long cours de son histoire d'amour... L'amour n'a plus nécessité d'être entouré de tous ces beaux objets, bas les masques : ils sont vendus aux enchères.

  .../...

        Posséder l'objet est impérieuse nécessité pour celer ce qui manque, est perdu.

 

        Posséder l'objet a un prix : n'importe lequel mais toujours excessif. Ruineux ou dérisoire, pourvu qu'il tienne ses promesses qu'on détienne ce que l'un appellera réussite », l'autre « opportunité », tel autre encore « vérité » ou quiconque « amour »... et le temps qui passe d'accomplir son œuvre en douceur plus ou moins aigre : dessiller les regards !

 

        Posséder l'objet peut aussi être assigné à témoigner, à dénoncer, il vise à l'immarcescible de la condition humaine ; là encore le temps entêté, comme la vague sans cesse caresse la falaise, dissout la preuve, efface la trace.

 

        Lascaux, Auschwitz-Birkenau bientôt ne seront plus que souvenirs dans nos mémoires ô combien peu sûres ! Mais, perdre Lascaux, est-ce perdre nos origines ? Perdre les sinistres installations d'Auschwitz-Birkenau, est-ce perdre toutes preuves de nos pulsions de mort ? De notre ignominie ?

 

        Les Talibans se sont battus, se battent contre le temps et détruisent les traces honnies de civilisations passées tant le passé pour eux est impensable !

 

        Un poète a écrit et nous pouvons encore le lire :

"[...] Il mourra et je mourrai.

Il laissera son enseigne, je laisserai des vers.

Plus tard l'enseigne aussi mourra, et les vers aussi.

Plus tard encore mourra la rue où se trouvait l'enseigne,

Et la langue en laquelle les vers furent écrits.

Ensuite mourra la planète tournante où tout ça a eu lieu. [...]"

(Bureau de tabac, Alvaro de Campos (Hétéronyme de Fernando Pessoa) Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, La Pléiade, Gallimard, Paris, 2001, p. 367.)

 

Le temps, jamais, ne suspend son vol, ni l'homme son dol.

L'œil - en salles obscures - et combien d'accessibles aux handicapés ?

 

Tony Manero, Chili, Brésil, 2007, drame de Pablo Larrain, avec Alfredo Castro, Amparo Noguera... Le personnage, Raùl Peralta, un pervers fasciné par le protagoniste de « La fièvre du samedi soir » apprend l'organisation d'un concours de sosie de Tony Manero et passe aux actes sordides, sadiques sans évidemment aucun scrupule... Ce n'est jamais réjouissant, ni très passionnant, d'assister pendant une heure et trente huit minutes aux agissements exaspérants d'un homme qui passe son temps à défier la Loi ; mais quand, en plus, c'est sous couvert de dénoncer un régime dictatorial ça devient franchement irritant : les dictateurs de la trempe d'un Pinochet sont tout-à-fait à même d'être jugés pour ce qu'ils ont fait, ce ne sont pas uniquement des fantoches irresponsables à l'inverse d'un Raùl Peralta pour qui l'hôpital psychiatrique reste le seul horizon !

 

Z 32, Israël, 2008, Documentaire, d'Avi Mograbi. Un témoignage qui n'en finit pas de se rendre pour l'ex-soldat d'élite embarqué dans une opération de représailles de Tsahal il y a quelques dix années. L'intéressant travail du floutage qui évolue tout au long du documentaire jusqu'à présenter des visages presque crédibles jette le trouble sur ce qui est dit...

 

Nord Paradis, France, 2007, drame de Christophe Lamotte, avec Aurélia Petit et Jean-Michel Fête. C'est donc un film « d'essence documentaire », dixit Christophe Lamotte ; plus précisément encore c'est un drame, le drame d'une réussite - celle de Marie-Rose qui est à la tête d'une impressionnante flotte de véhicules servant à la casse - réussite dans laquelle sombre toute une famille... Le travail de toute une vie qui recouvre toute une descendance en la nourrissant et en l'asphyxiant... C'est un des envers du décor des « Ch'ti », l'accent en mieux ! Fera-t-il 20 millions d'entrées ?

L'œil - en l'orpiment de la poésie 

 

« Il faut restreindre l'inconnu à la conception d'une chose qui peut se représenter de N façons différentes, toutes possibles. Connaître, c'est montrer l'impossibilité de certaines solutions et imposer simplement une borne aux prolongements de l'imagination - connaître revient ainsi à penser sous condition. »

 

Paul Valéry - Cahiers 1894-1914, III, Gallimard, 1990, p. 40


Les réunions cliniques

du RPH

Ces réunions se déroulent le deuxième mardi de chaque mois de 21h à 23h au 1 rue Lentonnet 75009 Paris.

 

Chaque mois un membre praticien de l'association présente une difficulté clinique. La réunion est ouverte uniquement aux membres praticiens de l'association.

Informations :

J.-B. Legouis : 06.11.89.51.81.

Dates des prochaines réunions :

10.03.09 : J.-B. Legouis

14.04.09 : L. Baudiment

Le séminaire du RPH

 

Ce séminaire animé par F. de Amorim a pour thème le désir dans la clinique quotidienne du médecin et du psychanalyste. Il se déroule le quatrième mardi de chaque mois de 21h à 22h 30 au 1, rue Lentonnet - 75009 Paris. Il est ouvert aux  médecins, étudiants, psychanalystes et psychistes qui pourront apporter des difficultés cliniques à discuter pendant le séminaire.

Informations :

F. de Amorim : 01.47.70.56.02

Dates des prochains séminaires :

 

24 mars 2009

28 avril 2009  

Les rendez-vous du RPH

 

XVIe colloque du RPH

L'hystérie, d'hier à aujourd'hui

Réflexions à partir de cas cliniques

 

Samedi 16 mai 2009

Musée des Moulages

Hôpital Saint-Louis - Paris 10e

 

[...] Mais quelles sont les figures de l'hystérie aujourd'hui?

Qu'en est-il de l'hystérie masculine? Quelle est la différence entre les symptômes hystériques et la structure psychique appelée hystérie ? Comment mettre en place un dispositif afin de prendre en charge les patients pour qu'ils puissent vivre mieux ? Voilà un certain nombre de questions auxquelles nous tenterons de répondre, lors de ce colloque, en nous appuyant sur des cas clinique, d'hier à aujourd'hui.

 

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