La lettre a une parution mensuelle. Son objectif est d’informer, communiquer et critiquer l’actualité psychanalytique, médicale ou sociétale. Dans la première partie vous trouverez un petit article de « libre opinion ». Dans la seconde, les nouveautés cinématographiques des salles hors du circuit commercial, les films d’auteurs français et étrangers ; les nouveautés et anciennetés littéraires et enfin, les informations concernant le RPH, ses séminaires (lieu, date, responsable) et l’annonce des colloques.
Edith de Amorim est la responsable de la publication. Pour en être destinataire il vous suffit d'en faire la demande sur NOTRE PAGE CONTACT.
Rédacteur en Chef : Edith de Amorim
Editorial
A QUOI CA SERT,
LA POESIE ?
C'est une question ancienne, posée par un tout jeune homme quelques jours avant l'été 2008 avec cet inimitable brin de défi qu'ont dans la voix les adolescents qui ont eu à faire face aux premières lézardes dans le bel édifice...
Adulte lézardée, s'accrochant au brin de haine hasardé : la question fut écartée !
Pourtant, faisant fi des exercices et de style et de rhétorique, la question était là, tournant en rond : à quoi, fichtre, ça peut bien servir, la poésie ? Réprimée l'envie furieuse et pratique de nier le fait qu'Elle ait à servir à quoi que ce soit, reste un maigre début, humble, pauvre, faiblard : à quoi sert-elle au fil de nos jours ?
« De deux choses lune
l'autre c'est le soleil »
(Jacques Prévert, in Paroles, « Le paysage changeur », 1945). Primo : Elle ne sert pas toujours celui qui l'a écrite, la poésie ! Elle serait du genre infidèle qu'on ne devrait pas en être étonné outre mesure ! Ainsi des deux premiers vers qui restent d'un long poème aimé jadis, lu, lu encore et aimé pour son torrent furieux, et aimé encore mais juste pour ce qui en reste en mémoire, et lu à nouveau des années après ; lu sans cesse, mais jamais relu, pour sûr !
Secundo, ces vers immarcescibles venant des périodes les plus reculées, oubliées, enfouies, s'ornent, se parent de réminiscences toute personnelle ; ainsi, de ces vers de Prévert, décortiqués, détachés, délestés de leur longue suite est resté : « De deux choses l'une, l'autre c'est le soleil. », brisant là l'alternative, ne laissant place qu'à un soleil vrai pour toujours ! Délaissant la lecture du poète pour la remplacer par la nôtre !
Un soleil vrai tout autant, conservé dans ces bribes d'un poème de même ère :
« [...] Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir,
Deux morceaux de soleil. »
(Maurice Carême, « Le chat et le soleil »)
Tercio, ça dit, la poésie qui traîne ainsi par terre, roulée en boule dans un coin de l'esprit, recouverte d'un monceau de moutons la rendant méconnaissable, abîmée et accrochée par un cheveu au fil de fer barbelé d'une pensée laissée à la porte, la poésie qui nous reste ça dit tant et ça dit plus de ce qu'on ne sera jamais tout à fait à même de dire par soi-même ! Ca dit ce qu'on ne peut entendre :
« Si tu trouves sur la plage
Un très joli coquillage... »
(Claude Roy, « Bestiaire du coquillage »). Des histoires de paires, de mer et de tous les étages où l'on fait l'inventaire à la va comme j'te pousse ! Ca dit mieux que personne l'équivoque, ça pousse plus loin que quiconque la logique :
« [...] Si étrange veut dire quelque chose
Etrâne est plus étrange qu'étrange [...]
(Jacques Prévert, « Etre ange »)
Quarto : Elle laisse en la prime âme l'indélébile goût du baume qui répare, restaure, console :
« [...] Dans l'humble rond du ciel où buvaient les chameaux
Il vit l'étoile d'or, qui dansait en silence. »
(Edmond Rostand, « Les Rois mages »)
« [...] Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté [...]
(Charles Baudelaire, « Invitation au voyage »)
A quoi donc ça sert d'avoir un : « La terre est bleue comme une orange [...] » (Paul Eluard, « La terre ») ? A supporter !
L'œil - en salles obscures - et combien d'accessibles aux handicapés ?
Uç maymum (Les trois singes), Turquie, 2007, drame de Nuri Bilge Ceylan avec Yavuz Bingöl, Hatice Aslan, Ahmet Rifat Singar, Ercan Kesal... Les trois singes qui ne voudraient ni voir, ni entendre, ni dire... L'histoire d'un drame ancien aux multiples impacts comme autant de shrapnels qui n'en ont jamais fini de faire saigner, souffrir et de détruire... Dit comme ça, c'est pas invitant, c'est sûr ! Mais les images sont belles à couper le souffle et les acteurs sont grands... Et puis on peut bien supporter de ne pas rire toujours !
Idiots and angels (Des idiots et des anges), Etats Unis, 2008, dessin animé adulte de Bill Plymton... Mieux vaut se replonger dans une BD de Munoz et de Sampayo et les aventures de leur héros Alack Sinner (Editions Casterman) : il n'y aura rien que des idiots, des triples buses, des ripoux, et des perdus. En tant de crise, plus de temps, ni d'argent à perdre avec les niais ! Retour aux valeurs sûres !
L'œil - en l'orpiment de la poésie
Pierre Corneille, Horace, acte IV, scène 6, 1640, Imprécations de Camille, (Camille, romaine, a perdu son amant, Curiace, tué par son propre frère...)
Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître et que ton cœur adore !
Rome, enfin que je hais parce qu'elle t'honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encore mal assurés !
Et si ce n'est assez de toute l'Italie,
Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie ;
Que cent peuples unis des bouts de l'univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers !
Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchirent ses entrailles !
Que le courroux du Ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes vœux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendres et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause et mourir de plaisir !
Les réunions cliniques
du RPH
Ces réunions se déroulent le deuxième mardi de chaque mois de 21h à 23h au 1 rue Lentonnet 75009 Paris.
Chaque mois un membre praticien de l'association présente une difficulté clinique. La réunion est ouverte uniquement aux membres praticiens de l'association.
Informations :
J.-B. Legouis : 06.11.89.51.81.
Dates des prochaines réunions :
10.02.09 : J. Faugeras
Le séminaire du RPH
Ce séminaire animé par F. de Amorim a pour thème le désir dans la clinique quotidienne du médecin et du psychanalyste. Il se déroule le quatrième mardi de chaque mois de 21h à 22h 30 au 1, rue Lentonnet - 75009 Paris. Il est ouvert aux médecins, étudiants, psychanalystes et psychistes qui pourront apporter des difficultés cliniques à discuter pendant le séminaire.
Informations :
F. de Amorim : 01.47.70.56.02
Dates des prochains séminaires :
24 février 2009
Les rendez-vous du RPH
Groupe de lecture des œuvres de Jacques Lacan, le
troisième vendredi de chaque mois au 1 rue Lentonnet - 75009 Paris, de 21h à 22h30, animé par Fernando de Amorim.
Groupes de lecture des œuvres de Sigmund Freud se réunissant mensuellement au siège du RPH - 33, rue Pigalle - 75009 Paris, de
21h à 22h30 :
- le premier mardi, animé par Jean-Baptiste Legouis
- le deuxième lundi, animé par Julien Faugeras
- le troisième mardi, animé par Edith de Amorim
Un groupe de lecture « psychanalyse
d'enfants » se met en place, animé par Laure Baudiment ; premier
auteur étudié : Mélanie Klein.
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