Brèves

 

Ces « brèves de la Lettre », selon son complet intitulé, est le moyen que le RPH emploie pour répondre à l’actualité sans devoir attendre le début du mois pour réagir dans « La lettre ».

Le résultat d’une recherche, un désaccord quant à un article, une réaction sur les directives proposées par nos femmes et hommes politiques quant aux questions de la santé mentale en particulier et de santé en général, sont les motifs récurrents qui peuvent inciter le RPH à prendre la plume et à donner notre avis à nos lecteurs et une directive à nos membres.

Le RPH essaye d’être en lien direct avec ce qui se passe dans la société puisque, en son sein, prime l’idée que le psychanalyste est, se doit d’être, un membre actif de la vie de la Cité.

Les Brèves de la Lettre du RPH N°165

Ticket pour la vie

 

Fernando de Amorim

 

Julie Gonzalez, membre du RPH, a attiré mon attention sur le titre d'un article paru dans le journal « Libération » du 21.I.2009 intitulé « Chaud Divan ! »

Il s'agit d'une idée étonnante : créer un « ticket-psy », dans la même logique du Ticket-Restaurant. Quelle est la fonction de ce ticket ? Permettre « de s'offrir une séance de psychothérapie aux frais de son employeur. »

Bien entendu cela ne pourrait pas se mettre en place sans l'appui logistique des « psys ». Nous avons des psys pour les bêtes, des psys virtuels et maintenant des psys-ticket ? Selon l'article, ils sont psychologues et psychiatres. Que les gens des affaires puissent avoir de semblables idées cela ne m'étonne guère. Pas plus que les psychologues et les psychiatres puissent cautionner cela. Ils sont tous dans leur logique.

Cette idée est née dans un cabinet de « prévention des risques psychosociaux », la nommée ASP Entreprises. Selon l'article, ce cabinet est spécialisé dans le développement des conditions de qualité de vie au travail. Tout comme la ville de Paris a pour devise Fluctuat nec mergitur, ce cabinet semble avoir comme divise « Le mieux-être dans l'entreprise pour une meilleure performance »

Il est vrai que dans cette période d'instabilité et d'indélicatesse économique, plusieurs malins vont sortir tout l'arsenal spéculatif pour vendre père et mère, pour mettre un peu plus de sous dans leur bourse. Le code pénal, dans sa partie législative, section 1, article 313-1 (ordonnance n° 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002), énonce que « L'escroquerie est le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un servie ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge. ». Bien entendu que la suite du paragraphe fait référence à la punition prévu par la loi. Mais cela ne m'intéresse pas. Je suis du côté de la clinique.

S'agit-il d'une escroquerie organisée ? Répondre à cela ne m'intéresse pas non plus. Je suis un clinicien formé dans la lignée des aliénistes franco-allemands du XIXe, de Freud et de Lacan. Et pourtant, cela saute aux yeux : n'importe quel clinicien digne de ce nom sait qu'il ne peut pas établir le temps chronologique qu'il faudra à la mise en place du champ opératoire du dénouement du symptôme. La logique du symptôme et de la détresse psychique et corporelle échappent à la volonté du patient, de son patron ou des entreprises de développement.

Le symptôme est une énigme. Bien entendu, le dénouement d'un symptôme gênant en onze, neuf ou même une seule séance avec un psychanalyste peut advenir. Mais personne ne sait quoi que ce soit à l'avance.

Cela fait des années que j'insiste sur la responsabilité de l'Etat à assumer ses responsabilités à soutenir le lien social de la santé publique. De là ma proposition de la consultation publique de psychanalyse. De là mon idée de mettre en relation le sans le sou (ou avec peu de sous) et les jeunes gens qui passent des années dans les facultés de psychiatrie et de psychologie à jongler avec des théories sans se frotter à la vie, la vie simplement, sans mystification, comme dit le poète.

Alors bien entendu, si l'Etat ne s'occupe pas assez de la santé de la population, il y a toujours deux ou trois rusés pour boucher le trou, laissé béant.

La solution ne devrait pas être pensée par Madame Valentine Burzynski, directrice de l'entreprise, mais par les ministres de la santé et du travail, respectivement.

Notre médecine doit viser un partenariat avec les psychanalystes. Quant aux psychiatres et psychologues qui veulent devenir psychanalystes, ils devraient s'engager vraiment avec leur psychanalyse et non pas se contenter de faire un mi-chemin (je fais référence aux « psychologue-psychanalyste » ou « psychiatre-psychanalyste »). Cela pourrait leur éviter d'être complices du symptôme social où tout le monde veut le bien de l'autre sans pourtant cesser de le pousser vers le pire. Avec parfois leur consentement symptomatique.

Les entreprises devraient avoir des listes de psychistes dans leur département, mais sans que cela engage le patron. Si le patron veut faire du bien à son employé, qu'il le paye à son juste prix, qu'il puisse le reconnaître comme un collaborateur essentiel, en or, pour l'entreprise. Partager les bénéfices avec ses employés est une façon d'établir une relation de travail basée sur le respect et l'amour de voir l'entreprise grandir. Quand on remarque qu'on compte parmi les perles de l'entreprise, ça fait collier.

Si le rôle de l'employeur n'est pas de financer la thérapie du salarié, comme dit l'ASP, qui gagne dans cette affaire ? Le patron ? L'ASP ? Le salarié ?

L'ASP veut le bien de l'entreprise ? Le patron de ses propres intérêts ? Mais où est le salarié dans cette affaire ? En lui donnant des tickets, ne risque-t-on pas de minimiser le statut social du salarié ?

Je ne suis pas d'accord avec cette politique. Que le salarié soit payé et que, avec sa juste paie il puisse manger où il le souhaite, partir en vacances où ça lui chante et rencontrer le psychiste qui lui convienne.

Pour montrer, scientifiquement et cliniquement, que la question des frais des soins psychiques n'est pas un frein, j'ai créé, à l'hôpital Avicenne, à Bobigny, et maintenant dans la rue Jean-Baptiste Pigalle, dans le IXe arrondissement de Paris, une consultation publique de psychanalyse. Depuis les débuts de la psychanalyse, la question des soins psychanalytiques était majeure pour Freud.

Si les comités d'hygiène et de sécurité (CHSCT) veulent avoir des arguments solides pour négocier avec le patronat, ils doivent mettre en évidence l'importance que syndicat et patronat s'unissent pour demander à l'Etat de créer des consultations publiques de psychanalyse, sur le modèle de celle du réseau pour la psychanalyse à l'hôpital. Ces consultations pourront accueillir les salariés à un prix qui corresponde à leurs finances et, en échange, ils auront un jeune praticien, étudiant de son état, appuyé par des superviseurs, qui ne demande qu'à écouter avec le désir de, ensemble, s'inscrire autrement dans leur vie respective.



[1] Directeur de la Consultation publique de psychanalyse du RPH (Réseau pour la psychanalyse à l'hôpital)

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